De l'Olivier à l'Unione , les étapes vers le PD


Après la constitution du PDS il apparaîtra rapidement  que ses dirigeants  n'entendent pas s'arrêter  en  chemin. En janvier 1992 ils assurent l'élection à la présidence de la république du démocrate-chrétien Scalfaro, en juin c'est Napolitano (PDS) qui est élu président de l'assemblée nationale avec les voix de la DC.

Sur le plan de l'orientation politique le PDS se fait le champion de la politique de baisse du coût du travail dont la bourgeoisie a besoin pour sauvegarder ses positions sur le marché mondial et commencer de réduire le déficit public. Le PDS ayant conservé la majeure part des positions que le PCI occupait dans la CGIL, celle-ci s'engage dans une nouvelle phase de concertation qui aboutira à un accord avec le gouvernement Ciampi pour mettre un point final à l'échelle mobile des salaires et entame une politique d'encadrement des salaires (juillet 92). En 1993, la loi électorale est modifiée: les trois quarts des sièges seront attribués sur la base du scrutin majoritaire (en lieu et place de la proportionnelle). C'est une nouvelle opportunité pour le PDS (un des artisans de la loi) pour s'ouvrir à la formation d'une alliance électorale avec le PRC, les Verts et des "chrétiens sociaux" : les "progressistes".

Aux élections suivantes (94), ils sont battus par Berlusconi. D'alema, nouveau secrétaire du PDS, propose alors un élargissement  de l'alliance au centre, c'est-à-dire plus largement ouvert à des formations bourgeoises. En juin 95 le congrès du PDS répond favorablement à la proposition de Prodi de former une coalition de "centre gauche" : l'Olivier.  Une alliance  qui se situe intégralement sur le terrain de la défense de la bourgeoisie, placée sous la direction de Prodi l'ex démocrate-chrétien. De plus en plus souvent, lors des élections, les candidats PDS se présentent sous l'étiquette de l'Olivier, retirant la possibilité au prolétariat de se compter sur le plus important parti d'origine ouvrière. Prodi devient Premier ministre en 96, D'alema lui succédera en 98 toujours sur la même ligne d'assainissement des finances publiques aux frais du prolétariat et de la jeunesse. Une politique qui pave le retour au pouvoir de Berlusconi en 2001.

La politique de "dissolution" progressive du PDS se poursuit : en 1998 on se débarrasse du P de parti, la faucille et le marteau qui figuraient encore (tout petits) sur le sigle du PDS sont effacés. En 2001 les dirigeants DS entérinent le choix de Rutelli comme leader de l'Olivier, Rutelli, lequel est alors un ancien dirigeant du parti radical en mouvement vers des débris de Démocratie Chrétienne avec lesquels il formera "La Marguerite". Combien significatif sera, en 2006, le mode choisi pour la désignation du leader de la coalition autour de l'Olivier : l'Unione. Coalition élargie: on y trouve toutes les formations d'origine ouvrière (PRC, PdCi) et quelques groupuscules bourgeois y compris des transfuges de la coalition de Berlusconi (Mastella, ministre de la justice, catho de choc).

 

La désignation de Prodi comme "candidat premier" c'est à dire au poste de premier ministre en cas de victoire  se fait par des primaires, une forme inédite en Europe. C'est-à-dire que toutes les composantes de  l'Unione se sont soumises à un vote au suffrage universel dans lequel les partis sont dissous de fait ; état de chose accentué de ce que les DS n'ont pas présenté de candidat (il aurait battu Prodi !) ; par contre le PRC a fait preuve de sa soumission en présentant un candidat "faire valoir" pour éviter que "l'élection" apparaisse par trop plébiscitaire. Ces primaires ont permis à de notoires représentants de la grande bourgeoisie de se faire remarquer à l'entrée des bureaux de vote; la participation, importante, étant essentiellement d'origine petite-bourgeoise.


Pas de recomposition du mouvement ouvrier italien : ni au sein des DS….


Le parti des DS, le plus puissant des partis issus du mouvement ouvrier, ayant décidé de mettre fin à ses jours, qu’en reste-t-il? La fraction des DS qui s'est opposée à la dissolution, celle qui au dernier congrès s'est regroupée sur la motion Mussi. Elle représente environ 17% des effectifs du parti, c'est-à-dire de l'ordre de 50 000 adhérents, nombre qui peut  évoluer selon le cours des événements, dans un sens comme dans l'autre. En attendant c'est une force non négligeable: sans disposer de statistiques d'ensemble, une information selon laquelle dans deux sections de Rome des DS considérées comme des bastions historiques du PCI, plus de 90% des adhérents aient voté contre la dissolution indique que c'est probablement les adhérents attachés à la tradition du mouvement ouvrier qui se sont mobilisés sur la motion Mussi.

Cette dernière commence par un constat : " (...)nous sommes opposés à la disparition des DS, nous sommes opposés à la disparition d'un grand parti socialiste  et de gauche ce qui serait un fait unique en Europe. Nous proposons un renouveau profond des DS parti du socialisme européen et de l'internationale socialiste (...) "

Puis elle reprend... l'argumentaire des apôtres du PD :

« Nous voulons contribuer à la consolidation et à l'élargissement de l'Unione qui a gagné les élections, a donné vie à un gouvernement de coalition et se propose d'ouvrir la voie aux nécessaires et profonds changements dans la société, l'économie, la culture et l'éthique. L'Italie a besoin, pour soutenir et relancer l'action du gouvernement Prodi de la cohésion de toutes les forces de l'Unione et non de l'opposition entre "réformistes" et "radicaux". Le gouvernement doit durer l'entière législature. A cette majorité il n'y a pas d'alternative. "

Dans l'immédiat les partisans de Mussi ont constitué le mouvement Sinistra Démocratica (gauche démocratique). Cette dénomination ouvre à toutes les formes d'association possibles avec des organisations d'origine bourgeoise; et en même temps c’est une perche tendue aux organisations issues du PCI, lesquelles s'emploient à constituer une organisation de la "gauche" qui exclut toute référence au socialisme et au communisme.


… ni dans les autres formations issues du PCI


En dehors de " Sinistra Démocratica " les deux autres formations issues du PCI sont le Parti de la refondation communiste (PRC) fondé par en 91 par les "minoritaires" qui s'opposaient au changement de sigle, et le PdCI (Parti des communistes italiens), scission du PRC en 1998.

La place la plus importante est pour le PRC. En 1993 il a reçu le renfort de 30 syndicalistes du courant "gauche" de la CGIL sous la direction de Bertinotti, lequel deviendra secrétaire national en 94. Le PRC reconnaît l'existence de courants en son sein, dont celui de la LCR italienne.

En janvier 1992, le PRC se présente pour la première fois aux législatives où il fait 5,6% des voix (2 millions d'électeurs). En juin 92 aux municipales, à Turin il fait plus de voix que le PDS.

En 1996, l'Olivier propose un accord de désistement au PRC ; seul s'y oppose le courant dirigé par M.Ferrando. Le 21 avril 96 les élections législatives donnent la majorité à l'alliance Olivier-PRC, le PRC fait son meilleur score (8%); le soutien de ses députés est indispensable à la survie du gouvernement Prodi qui se met en place.

Commence alors la saison du soutien " de l'extérieur " au gouvernement Prodi, gouvernement dont l'objectif proclamé est de faire entrer l'Italie dans le cercle des ayant droit à l'euro ce qui implique une politique de rigueur en direction des travailleurs et de la jeunesse. Après plusieurs incidents de parcours, Bertinotti retire sa confiance au gouvernement qui tombe fin 99. Une partie des députés du PRC en désaccord avec leur leader ont voté la confiance, ils scissionnent et  fondent le PdCi Aux élections suivantes, qui verront la victoire de Berlusconi, le PRC tombe à 4% (2% au PdCi).

 

Bertinotti obtient un consensus large pour négocier un accord avec le centre gauche, c'est-à-dire l'Olivier. Dans cette  période il multiplie les signes d'amitié à l'égard du Vatican, comme le soutien à la présence de crucifix dans les salles de classe. Se forme alors l'Unione c'est à dire la coalition de l'Olivier élargie au PRC et au PdCI, qui n’est pas seulement un accord électoral mais un accord de gouvernement. Or ce programme de gouvernement est intégralement un programme bourgeois, comme le montre en particulier le refus de Prodi et de ses ouailles de se prononcer pour l'abrogation des lois berlusconiennes sur les retraites et sur le droit du travail (loi Biagi). Cette orientation suscite des remous dans le parti et au congrès de Venise de mars 2005, Bertinotti ne peut que compter sur 409 délégués sur 710; dans la foulée Bertinotti vient apporter sa caution à l'organisation des « primaires » qui doivent désigner le leader- candidat premier ministre en se portant lui même candidat. Il arrive 2ème avec 14% des voix ce qui exprime une très faible participation ouvrière.

La participation du PRC à ses primaires vaut engagement à soumission au gouvernement Prodi. Engagement qui va prendre un relief particulier du fait que, en 2006, la victoire électorale de l'Unione est de très faible ampleur au point que le PRC se retrouve en position d'arbitre au sénat.

Son score est alors en effet de 7,4% au sénat et de 5,8% à l'Assemblée nationale (41 députés et 27 sénateurs); à noter qu'il dépasse 10% dans des villes de régions "rouges" : Florence, Livourne, Pise, Lucques, Pérouge.

 

Après avoir annoncé 130 000 adhérents en 1997 la direction n'en décompte plus que 90 000 en 2006 (nombre  fortement contesté par les minoritaires). Quoi qu'il en soit, par son implantation ouvrière, sa place dans la CGIL notamment à la FIOM (métallurgie), le PRC est encore en mesure de peser dans la lutte des classes en Italie. Il le démontre, a contrario, par la place qu'il occupe pour donner les moyens au gouvernement Prodi de poursuivre sa politique de réformes.

 

La désignation des candidats éligibles donnera lieu à cet égard à un coup de force de la direction: les courants minoritaires, qui représentent 40% du parti se sont vus attribuer 14% des éligibles et de ceux-là Marco Ferrando a été exclu pour avoir péché trois fois en déclarant : que Prodi était le majordome des banques; que la résistance irakienne à l'occupation était légitime y compris face aux troupes italiennes; que l'Etat d'Israël était un Etat artificiel.

On ne pouvait pas signifier plus clairement le soutien à l'impérialisme italien que par cette exclusion. De manière concomittante des candidats non membres du parti, le plus souvent totalement étranger au mouvement ouvrier, ont été présentés en bonne place. C'est donc en pleine connaissance de cause que Prodi a installé Bertinotti à la présidence de l'Assemblée Nationale, lequel s’inquiètera dans son discours d’investiture du « risque de la crise de la cohésion sociale ».


La LCR italienne vote la confiance à Prodi, les crédits de guerre


Le soutien au gouvernement Prodi est une donnée commune à tous les courants du PRC (sauf celui de Ferrando). Les militants de la LCR italienne (pabliste) ont intégré le PRC en 1991. Ils y animent le courant « Sinistra Critica », « gauche critique », sigle significatif en ce qu’il écarte d’emblée « socialisme » et « communisme » - ce que la LCR française tente aujourd’hui de faire sous couvert de « nouveau parti ». Cette « gauche critique » n’est pas si critique que ça à l’égard de Prodi. Associée à la direction du PRC, elle a obtenu trois élus au Parlement italien, deux sénateurs et un député. Or ces derniers ont voté la confiance au gouvernement Prodi, confiance entrecoupée d’une abstention (suite à la manifestation de masse contre l’extension de la base américaine de Vincenza), laquelle abstention entraînera la chute du gouvernement, aussitôt reformé… et à nouveau adoubé par les élus de « Sinistra Critica » ! Le 18 juillet 2006, c’est sur le vote des crédits pour financer la guerre en Afghanistan que la confiance était demandée au Parlement. Turigliatto, sénateur du vote duquel dépend le résultat vu l’infime majorité de Prodi au Sénat, avait voté pour. On peut ajouter son vote pour la loi de Finances en décembre 2006, et son refus de voter contre l’avant-projet de budget 2008 cet été, projet qui concentre pourtant la politique réactionnaire du gouvernement Prodi, incluant les crédits à l’occupation du Liban et de l’Afghanistan.

Le vote des crédits de guerre, ligne de partage historique entre les révolutionnaires et les « sociaux-patriotes », engage toute la « Gauche critique ». Le 18 mars, sa direction élargie approuvait l’abstention qui fit chuter Prodi… en prévenant que ce ne serait pas la norme:

" (...) le choix accompli par Franco Turigliatto au sénat a été le seul possible pour une gauche qui veut s'opposer à la guerre, qui veut maintenir le lien avec les mouvements sociaux et qui refuse de se soumettre aux chantages de la gauche libérale. Un choix qui ne contredit pas le renouvellement du vote de la confiance au gouvernement Prodi, étant clair que nous nous reconnaissons dans la formule d'un soutien de l'extérieur et d'évaluation au cas par cas des actes de l'exécutif ".

Dans ces conditions la LCR (it) peut bien se prononcer contre le projet de construction de la "gauche européenne" de la direction du PRC, le projet "Gauche Critique" lui ressemble comme un petit frère, jusqu'à la caricature :

" ( le projet "Gauche Critique") pour oeuvrer activement à l'opposition sociale et politique et pour remettre en route  le processus d'une véritable gauche anti capitaliste qui, évidemment ne pourra se réduire à nos seules forces. Au contraire nous pensons nous investir dans un processus pluriel et collectif qui le réalisera en cours de route." (résolution du 18 mars)

 

Ici "pluriel" signifie clairement ouvrir à des forces totalement et ouvertement étrangères au trotskysme. C'est exactement le processus proposé en France par Besancenot. C’est le pendant de l’affirmation du vote, « au cas par cas », de la confiance à Prodi, en d’autres termes du refus de combattre contre ce gouvernement.


Ce n’est que dans le combat contre le gouvernement de Prodi que peut s’ouvrir une issue


Depuis son entrée en fonction le gouvernement de "centre gauche" n'a pas chômé : exonération de charges fiscales aux entreprises, envoi des troupes au Liban, mise en route d'une réforme de la fonction publique qui prévoit mobilité, méritocratie, suppression de postes ...et, question probablement la plus sensible dans un pays où plus de quatre millions de retraités ne perçoivent pas plus de 500 euros de pension par mois : la réforme des retraites. On en est à la quatrième étape d'un processus commencé en 92 par la réforme Amato, poursuivi en 95 par la réforme Dini, réformes qui ont mis fin au principe de répartition (par l'introduction d'une part contributive) et qui ont établi en principe l'évolution des taux de remplacement (base de calcul du montant des pensions) en fonction de la soutenabilité financière du système. Un travailleur ayant commencé à travailler en 92 partira avec un taux de remplacement (avec 40 annuités) de 57,5% alors qu'il aurait été de 80% avant les réformes.

 

 La réforme Dini prévoyant que les coefficients de transformation devaient être révisés tous les 10 ans. Le gouvernement Berlusconi a tenté de profiter de l'échéance de 2005 pour pousser plus loin la dévastation du système.  La loi, établie par le ministre Maroni, prévoyait une élévation progressive de l'âge requis pour le départ en retraite: de 57 à 60 ans (le "scalone") à partir de 2008 pour arriver à 62 ans en 2014. On remarquera que la première échéance : 2008 avait été fixée après la date des élections législatives, probablement sur la base d'un marchandage avec la direction de la CGIL Maroni y trouvait son compte, laissant au gouvernement suivant le soin de se débrouiller avec la patate chaude ; de même pour la modification des coefficients de transformation : renvoyée après les élections.

Pour le gouvernement Prodi il s'agit donc de réussir là où Berlusconi a du temporiser.

 

Le programme de l'Unione prévoyait le "dépassement" du "scalone" formulation que les dirigeants de la gauche dite radicale (PRC et PdCi) ainsi que ceux de la CGIL ont présenté aux travailleurs comme ayant le même sens que "suppression pure et simple".

On verra d'ailleurs que même l'exigence de la suppression du "scalone" n'est pas dépourvue d'ambiguïté car on peut le supprimer pour ... le remplacer par une autre échelle progressive de hausse de l'âge du départ en retraite. C'est dans cette confusion délibérément entretenue, qu'a débuté la concertation syndicats-gouvernement. Dès le 4 octobre 2006 les dirigeants des syndicats CGIL, UIL, CISL signent un mémorandum d'entente avec le gouvernement, destiné à être le point de départ de négociations devant aboutir (entre le 1er janvier 2007 et le 31 mars) à un accord sur un projet de loi. Ce texte s’inscrit explicitement dans la continuité des « réformes » antérieures, prônant un recul de l’âge de départ en retraite, et regrette même le peu de recours à la retraite par capitalisation, ce qui prépare le terrain à la suppression de fait du T.F.R (un pécule versé au terme de l'emploi sur la base d'une cotisation annuelle de l'employeur qui a la gestion des fonds ainsi accumulés).

 

C'est alors que se situe la descente dans les assemblées du personnel des usines Fiat de Turin des 3 dirigeants confédéraux déjà évoquée:

" Les syndicats contestés par les travailleurs. Sifflets et cris contre les leaders syndicaux coupables, selon les accusations de la foule, de soutenir le gouvernement contre les intérêts des travailleurs.(...) Deux questions sont particulièrement chaudes les pensions et le T.F.R  .

 " Bertinotti tu nous a trahi " hurle un ouvrier et l'assemblée applaudit. Sur les pensions les trois leaders cherchent à rassurer. " Nous descendrons dans la  rue s’ils essayent d'y toucher " dit Angeletti (secrétaire de l'UIL) et Epifani (secrétaire de la CGIL) explique que " rien ne passera sans votre vote, c'est à vous que reviendra le dernier mot "."  (d'après Il Tempo du 8 décembre ).

Finalement le protocole d'accord, signé le 23 juillet par les confédérations et le gouvernement, soutenu par la Confindustria, prévoit le passage à 58 ans avec 35 années de cotisations à partir de 2008, jusqu’à 60 ans avec 36 années en 2011. A partir de 2013 l'âge de départ sera de 61- 62 ans. Les délégués syndicaux FIOM de l'usine Piaggio commentent :

" en substance, la légère amélioration, respectivement au scalone Maroni, pour ceux qui partent prochainement en retraite est payée par ceux qui partiront plus tard . "

Pour les coefficients, il est constitué une commission qui d'ici fin 2008 devra faire des propositions. Mais dès le 1er  janvier 2010 une nouvelle table des coefficients provoquera une baisse de 6 à 8% du montant des pensions.

" La commission décidera comment répartir les réductions entre les travailleurs et non de savoir si il faut ou pas les réduire.  A partir de 2013 il y aura révision automatique des coefficients tous les 3 ans ( au lieu de 10) par simple décret gouvernemental. C'est une échelle mobile à l'envers sur les pensions " (toujours d'après FIOM Piaggio).

Ce n'est pas un hasard si les dirigeants ont attendu la fin du mois de juillet pour signer, la période de début des congés ; la situation était tendue et pouvait déboucher sur un affrontement mettant en danger le gouvernement.

En témoigne l'information suivante :

 " Le 20 juin grève  unitaire aux usines Fiat de Turin (Mirafiori) : 2 heures pour chacune des équipes. La tension croît dans les usines de Turin sur la question des pensions. Plusieurs milliers de travailleurs ont manifesté devant le "motor village" à l'appel des délégués syndicaux d'usines "contre la réforme des pensions qui prévoit scalone, scaloni (petit "scalone") et révision des coefficients".

Dans le même temps s'accumulent les signatures sur une pétition qui demande aux dirigeants confédéraux de revenir à Mirafiori devant l'assemblée des ouvriers, avant la fin des négociations sur les pensions, et de soumettre un éventuel accord au vote des travailleurs.  Demain s'arrêteront les ouvriers d'Indesit, Pininfarina, San Giorgio, Olivetti. Giorgio Airaudo secrétaire de la FIOM ne cache pas sa préoccupation : " dans les usines il n'y a pas un bon climat, le syndicat risque d'être emporté par l'onde de l'anti politique"."  (D'après La Repubblica du 21 juin).

Dans cette même période une pétition demandant aux dirigeants de ne rien signer sans une consultation préalable des salariés reçoit des milliers de signatures. Mais les dirigeants de la CGIL, FIOM comprise, mettent tout en oeuvre pour émietter la colère ouvrière: si on décompte 100000 manifestants dans le Turinois et des dizaines de grève locales souvent suivies à 80 voir 90%, cette puissante volonté ouvrière de défaire l'offensive du gouvernement reste prisonnière du cadre des grèves tournantes et des manifestations décentralisées, cadre mis en place par la direction de la FIOM. 

 

Mouvement spontané et perspective politique sont liés; or non seulement les DS mais aussi le PRC et tous ceux qui sont embarqués dans son sillage s'acharnent pour bloquer toute issue politique et envoyer le prolétariat contre un mur. Le refus d'engager le combat contre la participation-concertation et le refus d'ouvrir toute alternative ouvrière au gouvernement Prodi sont complètement liés.


Le PRC assure la survie du gouvernement


Le sénateur PRC Giannini, en février, au lendemain  de la chute du gouvernement Prodi (mis en minorité au sénat et ... "réinstallé" quelques jours plus tard) déclare à la télé :

" ... Ce gouvernement que je devrais soutenir ne réussit pas à se libérer de la subordination aux U.S.A, à l'O.T.A.N, à l'Union Européenne, au néfaste pacte de stabilité, au Vatican, à la Confindustria et aux pouvoirs économiques forts du pays (...) Je voterai encore en faveur de ce gouvernement parce qu'il n'y a pratiquement  pas d'alternative sociale et politique".

 

Dans le journal du PRC Liberazione du 1er juin, à propos d’une réunion des dirigeants de la " cosa rossa" (PRC, PdCi, Sinistra Démocratica, Verdi), on lit:

« Paradoxe ce sont les petits (PRC et PdCi, ndr) qui assument aujourd'hui la plus grande responsabilité politique quand à la survie et à la qualité (sic!) du gouvernement . »

 

Assurer la survie du gouvernement, pour le PRC, a un prix : une crise interne, tout particulièrement dans les bastions ouvriers du parti. Mais seul le courant de Ferrando a quitté le PRC pour fonder le «mouvement pour un Parti Communiste des Travailleurs».

A cette crise la direction fait face en proposant de fondre le parti dans une "confédération"  détachée des bases historiques du mouvement ouvrier : la branche italienne de "Sinistra Europea" (Gauche Européenne). Cela conduirait à un regroupement comprenant Sinistra Democratica (la "gauche" des DS qui refuse d'entrer dans le PD), le PdCi et les Verts (qui soutiennent ouvertement l'accord du 23 juillet sur les retraites). Un regroupement qui intègre des formations étrangères au mouvement ouvrier, et s’oppose à l’existence de partis. Reproduisons ainsi l'article 1 par lequel la Sinistra Europea se définit :

" la S.E est un sujet politique confédéral, multiple, pluriel et polycentrique.. Peuvent y adhérer en maintenant leur propre autonomie politique et organisationnelle, les partis et mouvements politiques, les mouvements sociaux, les revues, les journaux, les groupes ou les collectifs locaux. A ses structures de base peuvent aussi adhérer des personnes isolées qui se reconnaissent dans son programme."

 

C'est un processus  semblable à celui que le PDS a suivi dans l'Olivier. La marche à la dissolution des DS a un effet d'entraînement sur l'ensemble des organisations issues du mouvement ouvrier.

Décomposition du PRC et combat pour sauver le gouvernement Prodi vont de pair, comme cela est mis en lumière par l'appel à la manifestation du 20 octobre. Le 3 août,  Liberazione , Il Manifesto publient en effet un appel de 15 personnalités à manifester le 20 octobre. Un appel à manifester, notamment pour supprimer le « scalone », qui n'émane pas des organisations (partis, syndicats), qui ne s'adresse pas à elles mais que le PRC a suscité. 10 jours après la signature de l'accord sur les retraites, l’appel dit :

« Il faut un tournant, une initiative de gauche qui relance la participation populaire et conquiert les points les plus avancés du programme de l'Unione pour éviter que s'ouvre un fossé entre la représentation politique, le gouvernement Prodi et ceux qui les ont élu. "

Le tout se conclut par un appel à se retrouver à Rome le 20 octobre, adressé à "quiconque se reconnaît dans l'urgence de participer pour reconstruire un mouvement de gauche et redonner confiance à la partie la plus sacrifiée du pays.".

En somme une manifestation pour rapprocher Prodi de ceux qui sont les victimes de sa politique! La réaction d'un dirigeant de la FIOM (G.Cremaschi, membre lui aussi du PRC) est intéressante :

"(...) pourquoi dans l'appel il n'est fait aucune allusion à la signature du protocole du 23 juillet présenté par le gouvernement et signé par la CGIL, l'UIL ,la C.I.S.L et la Confindustria? Les objectifs sociaux dont vous vous réclamez aujourd'hui ont comme premier obstacle  ce protocole (...) N'aurait aucune répercussion positive une manifestation dans laquelle se retrouveraient aussi bien ceux qui sont pour le protocole que ceux qui sont contre.(...)  Je vous demande de clarifier ce point." (4 août  dans Liberazione ).

C'est une bonne question mais on ne peut y répondre que si on relie le combat pour la rupture de la concertation à l'ouverture d'une issue politique gouvernementale, donc au combat dans l’unité contre le gouvernement Prodi. Ce que ne fait pas Cremaschi. Les signataires de l'appel, eux, ont une solution gouvernementale : sauver Prodi ! Une de ceux là : Rossana Rossanda ( fondatrice de Il manifesto et ex protégée de Togliatti ) publie le lendemain une lettre ouverte à Prodi où elle écrit : «  Nous, comme PRC, PdCi, et les Verts nous ne souhaitons vraiment pas votre chute.»  Un autre renchérit : « Il est urgent de déplacer l'axe du gouvernement à gauche ... »

 

La crise ouverte dans le PRC par la politique de sa direction pose le problème du combat pour un véritable parti ouvrier, révolutionnaire, mais pour cela il est indispensable d'avoir une position sans ambiguïté à l'égard du gouvernement Prodi, le caractériser comme gouvernement bourgeois, un gouvernement aussi réactionnaire que l'était le gouvernement Berlusconi. L'orientation pour construire un tel parti ne pourrait être que le combat pour la rupture du PRC, de Sinistra Democratica, du PdCi d'avec Prodi, pour la rupture de la concertation, combat qui pose comme un principe central la réalisation du front unique des partis issus du mouvement ouvrier et des syndicats CGIL et UIL contre les réformes de liquidation des conquêtes ouvrières. Ce combat ne peut-être pleinement conduit que si l'on ne craint pas de faire tomber le gouvernement ce qui impose d'ouvrir sur une solution alternative : un gouvernement issu de ce front unique.

On mesure pleinement ce que signifie la dissolution des DS : c’est un nouvel obstacle, et de taille, dressé devant cette perspective.


Derniers évènements, derniers enseignements


La signature de l'accord du 23 juillet sur les retraites est reliée à la prochaine proclamation du PD. Cette dernière ouvre à une nouvelle tentative de constituer une centrale syndicale unifiée (UIL, CGIL, CISL), dont l'accord du 23 juillet serait le pacte fondateur. Il s'agirait alors d'une unification qui se ferait sur les bases de la C.I.S.L : la doctrine sociale de l'église, un mouvement antagonique au mouvement ouvrier. Cette bataille n'est ni achevée ni gagnée pour la bourgeoisie. Le 12 septembre les directions des trois confédérations ont décidé d'organiser un référendum sur l'accord (du 8 au 10 octobre). Pourront voter les salariés (sur les lieux de travail) et les retraités et précaires sur divers sites (sièges des syndicats, mairies,...). Des voix se font entendre pour contester les conditions de régularité du scrutin qui sera, semble-t-il, totalement contrôlé par les ... signataires  eux-mêmes!

 

Or, le 10 septembre le comité central de la puissante FIOM s'est prononcé contre l'accord du 23 juillet... tout en annonçant : " la FIOM ne fera aucune campagne pour le non. Il doit être clair que les dirigeants de la FIOM qui seront appelés à participer à des assemblées  ouvrières se feront les porte parole de la position de la confédération ( le oui) (...)" Seuls des courants du la CGIL comme " rete 28 aprile " ont annoncé une campagne pour le non. Tout se passe comme si la direction de la FIOM devait faire place à la colère ouvrière à l'égard de la  réforme tout en prenant garde à ne favoriser aucune initiative susceptible de contraindre le gouvernement à reculer, pour lui éviter de subir un revers cuisant si le « non » l’emportait.

Le leader en second de la FIOM et dirigeant de la "rete 28 aprile", G.Cremaschi, a participé  à une réunion à l'initiative de Sinistra Critica à laquelle était également présent le dirigeant  des Cobas et des représentants des CUB; ils ont décidé de convoquer une assemblée nationale le 7 octobre ; il s'associent à l'appel pour une grève générale en novembre et une manifestation nationale le 24 novembre. Un texte qui, à partir d'une appréciation correcte sur l'accord du 23 juillet, appelle à:

" construire depuis la base, dans chaque lieu de travail et sur tout le territoire des comités de lutte unitaire contre le "vol" des pensions (...). nous nous adressons à toutes les organisations du syndicalisme de base et de lutte et aux secteurs sincèrement "anticoncertation" du syndicalisme confédéral afin qu'ils construisent une grève générale unitaire de toutes les catégories et de toutes les organisations confédérales "anticoncertations" contre cet ignoble accord : une unique grande échéance de lutte qui voit le mouvement d'ensemble des travailleurs uni contre les adversaires communs : gouvernement et patronat. "

 

En choisissant de ne pas s'adresser aux directions de la CGIL et de l'UIL pour qu'elles rompent avec le gouvernement, en opposant le « front uni à la base » au combat pour dicter la volonté des travailleurs italiens à leurs confédérations, cet appel s’inscrit dans une sorte de partage du travail avec les bureaucraties syndicales confédérales, leur laisse totalement les mains libres.

 

Or c’est bel et bien dans le combat pour imposer la rupture de leur soutien au gouvernement Prodi, pour le front unique des organisations du mouvement ouvrier contre ce gouvernement qu’il est possible de dégager une issue, et de réunir les conditions qui permettront de surmonter le coup important porté au mouvement ouvrier avec la dissolution des DS, conditions qui sont aussi celles de la construction du Parti ouvrier révolutionnaire, lequel implique notamment de tirer jusqu’au bout le bilan de ce que fut le PCI, et de se réassimiler les éléments essentiels du programme de la révolution prolétarienne, de la tactique du front unique au combat pour le socialisme.

 

En s’efforçant de défendre le marxisme, les acquis politiques de la Quatrième Internationale et de la lutte pour sa reconstruction, notre Groupe s’inscrit dans cette perspective, celle de la reconstruction du mouvement ouvrier sur l’axe de la révolution prolétarienne.


 

Le 20 septembre 2007

 

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