Pour faire face à l’offensive ultra-réactionnaire

qu’annonce la victoire électorale de Sarkozy :

Opposer au gouvernement Sarkozy-Fillon le front unique

des organisations du mouvement ouvrier (syndicats, partis),

combattre contre toute concertation avec ce gouvernement

 

Un gouvernement de guerre pour « changer le pays » (Sarkozy)


A peine intronisé président avec la pompe à caractère monarchique qui caractérise la Ve République, Sarkozy a formé un gouvernement UMP-UDF dont la seule composition permet déjà de le caractériser comme un gouvernement de guerre contre le prolétariat et la jeunesse. A sa tête, il a placé Fillon, l’homme de la contre-réforme des retraites, « mère de toutes les réformes » (dixit Seillière) de 2003, mais aussi celui de la loi sur le « dialogue social » qui a mis fin au principe de faveur qui interdisait qu’un accord d’entreprise soit moins favorable aux salariés que l’accord de branche, ou encore a sorti la formation professionnelle du temps de travail. Il est également l’homme de la « loi d’orientation », véritable machine à déréglementer l’enseignement public. Lui qui se vantait lors de son départ du gouvernement de Chirac qu’il ne resterait comme bilan de ce dernier que les dites réformes annonce la couleur : « j’ai le sentiment d'être en mesure de mettre en oeuvre un changement radical de la vie politique française » (sur TF1 le 18 mai).

 

A ses côtés, droit dans ses bottes, le repris de justice Alain Juppé, homme associé au plan du même nom,  « rapt du siècle » sur la sécurité sociale (cf. Blondel de Force Ouvrière), mais qui dû reculer sur la réforme des régimes spéciaux face au mouvement de classe de novembre-décembre 1995, face à la grève générale de la SNCF et de la RATP, dont la destruction figure sur l’agenda du nouveau gouvernement.

On trouve encore dans ce gouvernement, dont l’ossature est faite de barons de l’UMP et de la garde rapprochée de Sarkozy, une grenouille de bénitier anti-avortement, Christine Boutin, mais aussi le globe-trotter de l’arrivisme qu’est Bernard Kouchner, ex-gouverneur colonial du Kosovo. Or ce n’est pas seulement pour son appartenance au PS qu’il a été désigné, mais aussi parce qu’il fut en 2003 l’un des partisans déclarés de l’intervention impérialiste contre l’Irak.

Ajoutons encore la présence au ministère de l’éducation de X.Darcos, lequel, déjà adjoint de Fillon lors du vote de la « loi d’orientation » contre laquelle les lycéens avaient tenté de se dresser, est aussi l’auteur d’un récent rapport proposant de « desserrer le carcan des statuts » des enseignants en procédant à l’annualisation et la globalisation de leur temps de travail.

 

La structure même de ce gouvernement resserré est lourde de menaces contre les travailleurs. Le redécoupage des ministères, notamment celui des Finances, annonce un violent plan de  « restructuration » de la fonction publique d’Etat. D’ailleurs, le ministère de la fonction publique lui-même est fusionné et place sous les fourches caudines de celui du budget. Qui plus est, le même ministère s’octroie la surveillance des « comptes publics », comprendre, ceux de l’assurance-maladie.  

 

(suite page 2)

Il s’agit donc non seulement de ministère de la réduction de la fonction publique, mais encore de celui qui, dans le prolongement de la contre-réforme de 2004 (dont le maître d’œuvre, Xavier Bertrand, assureur de son métier, est lui aussi récompensé par un maroquin) va dicter à l’Union Nationale des Caisses d’Assurance-maladie sa ligne de déremboursements massifs et de privatisation accélérée du système de santé public.

De plus, derrière la séparation du ministère de l’emploi de celui du travail (ce qui fait disparaître ce dernier), se forme un nouveau ministère consacré également aux « relations sociales » et à la « solidarité », véritable pôle consacré exclusivement au démantèlement des garanties collectives de la classe ouvrière et de leur remplacement par la charité, Emmaüs à l’appui. Dans le même temps, le ministère des affaires sociales, celui de l’équipement, sont rayés de la carte.  Ajoutons enfin la constitution du ministère de « l’identité nationale et de l’immigration », d’inspiration pétainiste, dirigé par le sinistre chien de garde de Sarkozy, Brice Hortefeux.

Voilà donc l’équipe de choc chargée par Sarkozy de « changer le pays », « faire bouger les lignes » ainsi qu’il l’a annoncé à la presse, de mettre en œuvre un programme d’une brutalité exceptionnelle.


Le Medef  exulte et salue avec « enthousiasme » l’arrivée de Sarkozy au pouvoir


Le Medef ne se tient plus de joie. « Que du bonheur » s’exclamait au soir du second tour le baron Seillière. Quant à Laurence Parisot, elle faisait part de l’« enthousiasme » du Medef. Pour préciser quelques jours plus tard sur France 2: « Si on s’y met tous", gouvernement, syndicats et patronat, "d’ici un an, un an et demi, il peut y avoir des résultats tout à fait significatifs »

Cette prise de position suffirait à elle seule à caractériser le gouvernement dont le Medef, mais au-delà tous les patrons attendent beaucoup. Laurence Parisot, encore elle, envisage carrément avec « espoir » qu’un « nouveau cycle, peut-être pas de cinq ans mais de dix ou vingt ans, s’ouvre pour le pays ».

 

Il faut aussi rappeler que Sarkozy est, et tout particulièrement depuis l’échec de Chirac au référendum sur la constitution européenne de mai 2005, le candidat chéri du Medef, « notre Zidane à nous » disait Seillière. Homme du patronat et de la grande bourgeoisie, Sarkozy l’est depuis toujours, lui, le maire de Neuilly sur Seine,  dont les témoins de mariage étaient Martin Bouygues et Bernard Arnault. A cet égard, sa « retraite » sur le yacht du milliardaire Bolloré après sa victoire est un acte politique, l’affirmation « décomplexée » de ce qu’il se met tout entier au service du petit groupe des grands bourgeois Bolloré, Bouygues, Lagardère, ou encore Pinault, qui avec Sarkozy et son gouvernement entendent bien que toutes les mesures qu’ils exigent soient prises.

 

Ajoutons enfin que Sarkozy concentre aujourd’hui entre ses mains un pouvoir considérable, contrôlant directement tous les aspects de la politique gouvernementale, mais centralisant également autour de lui plus étroitement l’appareil d’Etat, que ce soit par la constitution d’un « conseil de sécurité » ou le regroupement en cours de tous les services spéciaux (renseignement, etc.) de l’Etat bourgeois.


L’ambition de la bourgeoisie et du gouvernement Sarkozy-Fillon-Juppé: « effacer mai 68 » les défaites et les échecs subis ces dernières années, renouer avec les objectifs fondateurs de la 5ème République.


En meeting à Bercy entre les deux tours, Sarkozy a fixé comme objectif de « liquider l’héritage de mai 68 », attribuant à cette occasion un cynisme éhonté en attribuant à « l’esprit de 68 » l’existence des stock options et autres parachutes dorés. L’ambition du nouveau gouvernement est de « rétablir l’autorité » ainsi que Sarkozy l’a redit dans son premier discours d’après-élection. Quelle « autorité » ? Celle de l’Etat bourgeois, celle de la Ve république, régime de type bonapartiste, à caractère policier, qui répond tellement à cette définition de l’Etat bourgeois par Marx : « Un despotisme militaire à armature bureaucratique et à blindage policier, serti dans une bordure de formes parlementaires(...)" (Critique du programme de Gotha).

 

L’objectif essentiel de la Ve République était à sa création suite au coup d’état de de Gaulle de liquider le mouvement ouvrier organisé. « L’autorité » de ce régime, c’est celle contre laquelle se sont dressés les mineurs lors de leur grève générale de 1963, refusant l’ordre de réquisition émis par de Gaulle. « L’autorité » de ce régime, c’est celle qui a reçu un coup terrible avec la grève générale avec occupation des usines en mai-juin 1968, obligeant la bourgeoisie à remiser pour toute une période politique ses espoirs d’en finir avec le mouvement ouvrier, au point de souffrir qu’en 1981, une majorité PS-PCF soit élue à l’Assemblée nationale après la victoire du premier secrétaire du PS François Mitterrand à l’élection présidentielle.

Depuis 2002, un renforcement significatif de l’appareil d’Etat s’est déjà opéré, pour l’essentiel sous la houlette de Sarkozy, via la cohorte de lois réactionnaires qu’il a fabriquées au ministère de l’intérieur. Mais son élection lui offre la possibilité d’aller plus loin. On en a un avant-goût avec la lourdeur des condamnations frappant les participants aux maigres manifestations désespérées qui ont eu lieu après le second tour.

Il faut également relever le souci du nouveau président de multiplier depuis son élection les facteurs de crise du PS et du PCF, nommant contre le premier une série de ralliés au gouvernement, et procédant contre le second à un hold-up contre le symbole de Guy Môquet – avec un assentiment écoeurant de la part de la direction du PCF, qui l’autorise ainsi à effacer que les jeunes communistes du début des années 1940 voulaient combattre non seulement le nazisme, mais encore les prédécesseurs de Sarkozy et de ses amis intimes du grand patronat français. Le gouvernement d’alors désigna, pour être fusillés, des membres du PCF ainsi que des trotskystes arrêtés par la police française.  L’Humanité, fidèle à sa tradition stalinienne, a publié ce mois de mai 2007 la liste des fusillés… en effaçant la présence des trotskystes.

En tout état de cause, la volonté de Sarkozy de voir se constituer aux côtés de l’UMP une « majorité présidentielle » comprenant un « pôle du centre » (avec l’essentiel des députés et sénateurs UDF) et un « pôle de gauche » (en utilisant notamment la formation bourgeoise des « radicaux de gauche »… une fois ses députés élus grâce au PS), indique bien la volonté, selon la formule de de Gaulle, « d’en finir avec le régime des partis ». De même, l’organisation d’un « Grenelle de l’environnement » est révélatrice de ces velléités corporatistes: sous couvert « d’écologie », le gouvernement organise un « dialogue direct » avec la « société civile » sous la forme d’un rassemblement d’ONG et d’associations réactionnaires peintes en vert, pour donner blanc-seing à Juppé avec le soutien de leur complice et ami Nicolas Hulot.

 

Quant aux organisations syndicales, là aussi le nouveau gouvernement entend « faire bouger les lignes ». Dans le prolongement de la loi de Chirac et Borloo sur le « dialogue social », qui prévoit d’amplifier l’association des sommets syndicaux en leur enjoignant d’abandonner leur « tradition protestataire » (cf. Chirac), c’est la modification des règles de la « représentativité syndicale » qui doit servir de levier en ce sens. Là encore, Fillon n’a pas fait mystère de son objectif : aboutir à la constitution d’un « pôle réformiste ». La réception de l’UNSA par Sarkozy, en plus des cinq confédérations « représentatives », indique qu’il ne s’agit pas de paroles en l’air.

La fin du monopole de ces dernières, notamment sur les candidatures aux élections professionnelles, va être utilisé comme un instrument contre l’existence même des organisations syndicales ouvrières (CGT et FO), ainsi que des fédérations du mouvement ouvrier.  

 

Le gouvernement veut donner à une bourgeoisie assoiffée de revanche la possibilité d’effacer les défaites et échecs les plus marquants qu’elle a subis ces dernières décennies, en décembre 1986 sur le projet de loi Devaquet de privatisation des universités; en novembre-décembre 1995 sur les régimes spéciaux de retraite ; en 2006 sur le C.P.E. Mais une des premières tâches du nouveau pouvoir est d’effacer l’échec du référendum du 29 mai 2005.


 « La France est de retour en Europe  » (Sarkozy)


Lors de son dernier sommet européen, Chirac avait avoué que le « non » au référendum de mai 2005 était un « vote contre le gouvernement ». Certes, l’échec du gouvernement Chirac-Raffarin au référendum a été rapidement surmonté, grâce au soutien apporté au nouveau gouvernement Chirac-Villepin par le PS, le PCF et les appareils syndicaux. Mais il en va autrement sur la scène de l’Union Européenne.

 

En effet, le projet de constitution est une initiative française, fruit de la pseudo convention présidée par Giscard, suite au changement profond intervenu dans l’UE avec son élargissement à l’est de mai 2004, qui a eu comme conséquence de donner à l’impérialisme allemand une place centrale sur tous les plans au sein de l’Union. L’objectif de ce texte était de définir des règles de fonctionnement nouvelles permettant à l’impérialisme français d’accompagner ce nouveau renforcement de son puissant voisin en préservant une place de second rang en Europe – quitte à réduire pour cela l’influence des pays de taille moyenne, comme notamment la Pologne et l’Espagne, lesquels s’étaient opposés initialement pour cette raison au traité. Or, l’échec du référendum en France, puis en Hollande, a transformé cette initiative en son contraire. Non seulement les nouvelles règles de fonctionnement défendues par Paris pour limiter autant que possible sa perte d’influence ne sont pas entrées en vigueur, mais encore l’échec de ce projet de traité a été un échec politique direct de l’impérialisme français au sein de l’Union Européenne, qui l’a marginalisé. Le cri lancé par Sarkozy salle Gaveau au soir du second tour « la France est de retour en Europe », signifie que l’impérialisme français va reprendre l’initiative pour arriver à une solution préservant ce qui est pour lui l’essentiel, à savoir la partie I du défunt traité (cf. pour plus de détails sur celle-ci l’article paru dans CPS nouvelle série n°16).

C’est ce qu’a salué immédiatement l’inévitable baron Seillière (Le Monde du 15 mai), cette fois en tant que dirigeant de l’association « business europe »:

« [la construction européenne] s'est trouvé mise entre parenthèses par le non français. L'Europe vivote depuis dans l'incertitude. La question est de savoir si on redémarre le processus en surmontant la crise institutionnelle ou si on n'y arrive pas, marquant ainsi la fin de cinquante ans de construction européenne. C'est un choix fondamental. (…)

Dans les milieux européens, nous étions convaincus que, si Ségolène Royal arrivait au pouvoir avec sa proposition d'un nouveau référendum en France, c'en était fini du processus de relance. Alors que l'approche de Nicolas Sarkozy est assez proche de celle d'Angela Merkel, de Tony Blair et des Hollandais. Il peut donner le signal de la relance. De ce point de vue, son élection a été un véritable soulagement. (…) Nous attendons que M. Sarkozy, avec son énergie et son talent, renoue les fils cassés en 2005. » 

A peine Sarkozy élu, Merkel, présidente en titre de l’UE, a fait savoir qu’un accord pourrait être trouvé dès juin.

Une autre raison plaide pour l’enterrement du texte de la constitution européenne, et son remplacement par un mini-traité reprenant l’essentiel de la partie 1 sur les nouvelles règles de vote, les coopérations renforcées, etc.   Bien qu’il ait été voté par une vingtaine de pays, le « traité constitutionnel » correspond à une situation politique qui n’existe plus. Il était en effet le fruit d’un accord franco-allemand, produit du rapprochement entre ces deux impérialismes après 2001 face à l’offensive de l’impérialisme US, rapprochement qui s’est cristallisé par leur opposition à l’intervention en Irak. Or depuis, de l’eau a coulé sous les ponts notamment dans la position française qui n’a cessé d’évoluer, à partir de l’accord Chirac-Bush sur le Liban, vers un rapprochement des positions de Washington, comme l’ont analysé plusieurs articles parus dans CPS.

 

Le seul fait de la nomination de Kouchner, partisan déclaré de l’intervention US en Irak, en dit long sur les intentions de Sarkozy en la matière, tout comme le fait qu’il ait rencontré Blair avant Merkel. 


A propos de la politique de l’impérialisme français en Afrique


La politique étrangère de l’impérialisme français restera dictée par la compréhension qu’auront, à un moment donné, les cercles dirigeants du capital financier de leurs intérêts – ils pourront compter sur Kouchner qui fut, entre autre méfaits, rétribué grassement par Total pour publier un rapport de défense des « affaires » de ce groupe avec la junte birmanienne, et qui aujourd’hui prône l’intervention (« ingérence humanitaire » oblige) au Darfour, région précisément riche en pétrole.

 

Concernant l’Afrique subsaharienne, rappelons que Chirac et Villepin, au contraire de Sarkozy, étaient directement issus des réseaux tissés par le gaullisme dans les anciennes colonies africaines de la France. Avant de quitter le pouvoir, ils ont tenté d’y mettre la situation « à plat ».

D’une part en intervenant militairement à plusieurs reprises pour conforter les dictatures tchadienne et centrafricaine- mais aussi ce faisant en posant les jalons d’une participation française à toute intervention militaire directe ou indirecte au Darfour voisin.

D’autre part en acceptant en Côte d’Ivoire, via l’ami de Chirac Blaise Compaoré, un compromis qui semble plus durable que les précédents, mais qui entérine un échec de l’impérialisme français, puisque ce compromis garantit le maintien au pouvoir de Laurent Gbagbo que l’Elysée a cherché à évincer par tous les moyens depuis 2002. Du coup, même si la domination économique française sur la Côte d’Ivoire demeure, politiquement, dans ce pays décisif du « pré carré » africain, l’impérialisme français a dû en rabattre en étant incapable d’imposer à la tête du pays un dirigeant qui lui soit totalement inféodé, précédent qui peut avoir des conséquences importantes à terme dans d’autres pays.

 

Mais que ce soit au sein de l’Union Européenne, dans ses semi-colonies d’Afrique, ou au Moyen-Orient, une donnée fondamentale s’impose : la capacité de la bourgeoisie française à défendre ses intérêts dépendra au bout du compte de l’ampleur des reculs qu’elle imposera à son propre prolétariat. C’est ce que rappelle Seillière en conclusion de l’interview citée :

« On trouve que la France a beaucoup de retard. Le social est très souvent un sujet d'affrontement arbitré vivement par l'Etat. Il faut pouvoir échanger, comme en Allemagne, du salaire et de la durée du travail contre de l'emploi, de l'investissement. »

En d’autres termes : la clé de tout est dans l’intensification de l’exploitation. C’est précisément ce à quoi veut répondre le programme de Sarkozy.


Le programme de Sarkozy-Fillon : à court terme, une véritable ruée réactionnaire


« Je tiendrai mes engagements, scrupuleusement ». Sarkozy une fois élu n’a laissé aucune ambiguïté planer sur ses intentions. Il est nécessaire de rappeler ce qu’il en est de ces « engagements », pris au compte du grand Capital, d’autant plus que les directions syndicales n’ont pas manqué au lendemain des élections, comme le bureau confédéral de la CGT réuni le 7 mai, de déclarer que « la campagne a témoigné d’une forte attente de changement, tant dans la société que dans le travail. La Cgt estime que l’élection confirme la vigueur de ces attentes. ». Mais à quelles « attentes » répond le programme de Sarkozy, sinon celles du Medef et de la CGPME ? Quand les dirigeants syndicaux affirment qu’ils jugeront « aux actes » (B.Thibault et J-C.Mailly dixit), ils adoptent une attitude qui revient à laisser un ennemi à frapper d’abord pour, ensuite, juger des dégâts commis. Or ceux-ci seraient considérables.

Dès la session extraordinaire de l’Assemblée prévue en juillet, Sarkozy entend adopter deux nouvelles lois de renforcement des pouvoirs de la police, contre la jeunesse, d’abord, mais aussi contre toute la classe ouvrière. Il compte aussi faire passer la loi défiscalisant et exonérant de toutes charges les heures supplémentaires, ce qui les rendrait moins chères que les heures normales, et signifierait de facto la disparition de toute durée légale du travail. Enfin, pour récompenser son électorat, la majorité UMP-UDF serait chargée de supprimer l’essentiel des taxes sur l’héritage et de renforcer le « bouclier fiscal », accroissant mécaniquement la proportion du fardeau fiscal porté par les classes populaires.

 

Egalement au programme : le projet de loi sur l’université qui vise à détruire l’enseignement supérieur public en instaurant leur autonomie totale, et donc permettre d’y instaurer la sélection sous toutes ses formes – ce serait là effacer la défaite de Chirac en novembre décembre 1986.

 

A brève échéance, en plus de l’université, le gouvernement Sarkozy-Fillon a comme buts essentiels :

- instaurer le « service minimum », c’est-à-dire remettre en cause le droit de grève, dans les transports, mais aussi dans l’enseignement, à commencer par le primaire. Ce serait une revanche terrible contre les mouvements de 1995 et 2003.

- Remettre en cause le CDI au profit d’un « contrat de travail unique » - sorte de super C.P.E., effaçant ainsi la défaite subie en 2006.

- Supprimer des centaines de milliers de postes dans les fonctions publiques, en restructurant, on l’a vu, la fonction publique d’Etat, notamment le ministère des Finances (fusion impôts/Trésor, mais aussi liquidation des Douanes annoncée par Sarkozy à la télévision), en rabougrissant encore le contenu de l’enseignement public et cassant les statuts des enseignants, en fusionnant l’Unedic et l’Anpe, et en allant vers la destruction accélérée du système public de santé.

- Ajoutons, sous la houlette de l’ancien dirigeant d’Emmaüs, l’entreprise de « remise au travail » des Rmistes contre une aumône, sous peine d’être voués à la déchéance totale. Suivrait, pour 2008, l’offensive contre les régimes spéciaux (RATP, SNCF, etc.) et le régime général des retraites et pensions, l’instauration de « franchises » sur les dépenses médicales, etc.

 

Aucun doute n’est de mise : c’est à une telle offensive réactionnaire de grande ampleur que le prolétariat, la jeunesse, doivent s’apprêter pour la combattre. Et pour cela, il est indispensable de saisir par quel moyen Sarkozy et son gouvernement entendent la faire passer.


 « Je crois au dialogue social » (Sarkozy)


Le 1er mai, Sarkozy a précisé dans une prestation télévisée comment il entendait faire passer son programme. « Je crois au dialogue social », a-t-il dit, en précisant bien de quel « dialogue » il s’agissait : une concertation tournée vers l’application de son programme : « Je compte appliquer scrupuleusement mon programme (…) dans la concertation avec les forces syndicales, mais que les choses soient claires ».

 

C’est cette « concertation » qui a été inaugurée par le nouveau président, avant même, fait sans précédent, son investiture officielle, en recevant dans ses locaux provisoires les représentants des appareils syndicaux – à l’exception de ceux de la FSU et de « solidaires »… lesquels ont protesté contre cette mise à l’écart. Ils auraient sans doute voulu venir partager, eux aussi, les petits fours et le café avec l’ennemi public n°1 des travailleurs et des jeunes. En réalité, que les dirigeants syndicaux CGT, FO, etc. aient accouru auprès de Sarkozy, avant même son intronisation, avant même tout discours de politique générale, avant même les élections législatives, est un véritable vote de confiance qu’ils ont accordé au nouveau pouvoir. Ne se sont-ils pas d’ailleurs tous dit « rassurés » en sortant de ces entretiens ? « Pas de couteau sous la gorge », se sont-ils entendu dire. Oui, Sarkozy « croit au dialogue social », c’est-à-dire qu’il escompte que les appareils syndicaux lui paveront la voie vers ses objectifs.

 

 

Car il faut y insister de nouveau : c’est donc pour « tenir ses engagements », rien d’autre, que le gouvernement va lancer un cycle de « concertations » tout azimut. Sarkozy ou Fillon en ont plus d’une fois donné leur calendrier. Après les rencontres préliminaires, prévues dès la constitution du nouveau gouvernement, on se dirigerait vers l’organisation en septembre de quatre grandes conférences censées préparer le terrain, notamment à la refonte/liquidation du contrat de travail. Dans le même temps, le Medef a fait valoir que les travaux de sa « délibération sociale » pourraient parfaitement s’insérer et contribuer à ce processus de destruction concertée des acquis ouvriers. S’y ajoutent notamment les tractations autour du prochain projet de loi contre l’université, ou encore une « table ronde sur les services des enseignants » avant l’été, selon le rapport pondu par le nouveau ministre de l’Education, Darcos.

 

Sarkozy a tiré les leçons de la défaite du gouvernement auquel il appartenait sur le C.P.E. En plaçant à la tête du gouvernement François Fillon, en l’adjoignant des Bertrand et Borloo, il a placé aux postes clés des hommes parfaitement rompus à cet exercice, et qui ont fait leur preuve en matière de concertation au moyen de laquelle ils ont fait passer des contre-réformes capitales. Et, dans la continuité de ce que signifiait la loi de 2006 de « modernisation du dialogue social », il compte bien sur la collaboration des dirigeants syndicaux pour arriver à ses fins.


Les appareils syndicaux se placent d’emblée aux côtés du gouvernement Sarkozy


Les appareils syndicaux, car telle est leur nature, ont choisi de répondre à l’appel de Sarkozy à ce  « dialogue » dont il a besoin pour faire passer ses « réformes ». Pis encore, ils se font donneurs de bons conseils quant à la manière de les réaliser. « Ne pas confondre vitesse et précipitation », lui a conseillé le bureau confédéral de Force Ouvrière au lendemain du second tour. Dans une interview aux Echos, deux jours plus tard, J-C.Mailly en rajoutait « les attentes sociales se sont exprimées très fortement pendant la campagne électorale et portent sur des questions qui doivent se négocier, comme l’impose la loi de modernisation du dialogue social de février dernier. ». Nous avons eu l’occasion de dire quelles « attentes sociales » le gouvernement de guerre dirigé par Sarkozy s’apprête à contenter. Se réclamer en regard de telles attentes de la loi de « modernisation du dialogue social », c’est se déclarer prêt à le servir. Rappelons en effet, selon les termes de Chirac, que cette loi repose sur un « engagement » plus important que jamais des « partenaires sociaux », lesquels – en pratique, les directions des confédérations ouvrières – doivent devenir des co-législateurs au compte des gouvernements bourgeois. Joignant les actes aux paroles, les dirigeants patronaux et syndicaux et notamment FO ont annoncé depuis le siège du Medef le 14 mai, que, dans le cadre de la « délibération sociale » (à laquelle ne participe pas la direction CGT), un « état des lieux du marché du travail» serait rendu public le 29 mai, tout en demandant au gouvernement « le temps et la place de négocier ».

La direction CGT quant à elle a le cynisme de déclarer qu’elle « ne fait pas de procès d’intention », Thibault ayant précisé dans Le monde du 10 mai : « La CGT n’est pas une force d’opposition a priori » (en réponse à la question : ‘vous préparez-vous au conflit’ ?).

 

Mais encore : s’agissant de l’instauration du service minimum dans les transports, où l’appareil CGT est en première ligne, Thibault s’est félicité au sortir de son entrevue avec Sarkozy d’avoir reçu : «l’assurance qu’il n’y aurait pas de décision unilatérale »… et d’annoncer : « des discussions pendant l’été » sur ce sujet ! Auxquelles bien entendu les directions fédérales CGT se préparent à participer, à discuter, donc,  de l’atteinte au droit de grève. Et Mailly de rapporter les propos de Sarkozy sur ce sujet « si vous arrivez à vous mettre d'accord entreprise par entreprise je n'y vois pas d'inconvénient ». Il s’agit donc bien de faire le travail du gouvernement  sa place.

 

Dans l’enseignement, lui aussi dans le collimateur sur la question du droit de grève, en plus de la liquidation totale des statuts, les dirigeants FSU se sont quant à eux indignés… de n’avoir point été reçus par Sarkozy, au nom, eux aussi, du « dialogue social » avec les ennemis de enseignants. Darcos nommé, l’intersyndicale lui a envoyé une demande de rendez-vous sur la question des décrets Robien, assortie de la précision suivante, donnée au nom de l’intersyndicale par un dirigeant SE-Unsa « Notre lettre n'est pas menaçante, nous ne faisons pas de procès d'intention » !

De son côté, le SNES, en première ligne sur cette question, organise un « rassemblement de délégations d’établissements » devant le ministère… « pour que les engagements soient tenus » ! Mais quels « engagements » (terme repris également par le bureau national de la FSU) Sarkozy ou Darcos auraient-ils pris qui ne soit de casser les reins du corps enseignant et de briser l’enseignement public ? Darcos, sur France Info le 20 mai, a été clair : il a répété, outre sa volonté de se débarrasser de la carte scolaire, que le décret de Robien serait revu… dans le cadre d’une négociation globale sur le « métier d’enseignant ». On a dit au début du présent éditorial ce qu’il en était. Mais Darcos, comme Sarkozy, peut être rassuré sur les intentions on en peut plus pacifiques de la direction du SNES. Bernard Boisseau écrit dans L’US que cette dernière se fixe comme seul objectif une « contribution naturelle à la bonne marche démocratique de notre société ». C’est sans doute avec ce même esprit que la direction du SNU-IPP, réagissant à la question du « service minimum », met en garde… contre toute « disposition unilatérale » (dans un communiqué du 16 mai).

 

Que dire enfin de la direction de l’Unef, laquelle, par la voix de Julliard, ouvre franchement la porte à la future contre-réforme des universités ! Une dépêche AFP du 18 mai rapporte sa réaction : « S'il y a une réforme, c'est bien qu'on ait un interlocuteur unique, un ministre qui tranche" qui soit le même que celui avec qui les organisations discutent. Pour lui, Mme Pécresse devra "éviter une réforme ultralibérale" et "éviter de passer en force". "Si elle évite ces écueils, la communauté universitaire est prête", a-t-il commenté. »

 

Il est pourtant clair que la première mesure à prendre pour faire face à l’offensive réactionnaire qui s’amorce est que les organisations syndicales n’y prêtent pas leur concours ! C’est à l’évidence sur cette orientation qu’il faut intervenir dans les organisations syndicales.

Mais les bureaucrates syndicaux y opposent en chœur la « légitimité » que Sarkozy aurait conquis par la grâce de son élection. « Attention, nous ne menaçons pas d’un troisième tour social. À FO, nous sommes républicains et démocrates » déclare Mailly au Monde du 16 mai. « On prend acte de l'élection de Nicolas Sarkozy, on respecte les résultats du scrutin, il n'y a aucune raison de contester cette victoire », fait écho Julliard, pour dénoncer publiquement les quelques manifestations spontanées et désemparées qui ont eu lieu – alors même que l’Unef avait appelé à battre Sarkozy au second tour.

Ce chœur est en fait unanime. Mais pour les travailleurs salariés, pour la jeunesse, si la victoire de Sarkozy est incontestablement une dure défaite politique, il n’en découle pas une seule seconde qu’il faille dorénavant s’incliner devant le nouveau maître de l’Elysée.

 

Car si Sarkozy a été élu, les travailleurs n’en sont nullement responsables. Et au contraire, le devoir des organisations du mouvement ouvrier serait, en tirant les leçons de cette défaite politique, de préparer le combat contre le nouveau pouvoir. S’y refusant, elles prolongent en fait la politique… qui a permis à Sarkozy de l’emporter.


L’élection de Sarkozy : une victoire politique pour la bourgeoisie,
une défaite pour les travailleurs et la jeunesse


Le tableau ci-après donne les résultats, par rapport aux exprimés puis aux inscrits, des principales échéances électorales depuis les présidentielles 1995 jusqu’à celles de 2002 en passant par les élections cantonales de 2004, dernière échéance de ce type en date, qui avaient un caractère national.


 

 

P1995-%exp

L1997%exp.

P2002  %exp.

L2002 %exp

C2004

%exp

P2007

% exp

 

P1995-%ins.

(abst 21,6%)

L1997- %ins.

(abst 32,0%)

P2002 - %ins.

(abst 28,4%)

L2002

%ins.

(abst 35,58)

C2004

%ins

(abst 36,09%)

P2007

%ins

(abst 16,23%)

P.S.

P.C.F.

EG

23,3%

8,6%

5,3%

25,5%

9,9%

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