III. Présidentielles : la position du Cercle et du « Comité »

pour la construction du parti ouvrier révolutionnaire,

de l’internationale ouvrière révolutionnaire

 

L’élection présidentielle est, dans le cadre de la constitution réactionnaire de la Ve république, une élection centrale dans la mesure où le président concentre entre ses mains des pouvoirs considérables, régaliens, depuis des nominations en tous domaines jusqu’à la signature des traités en passant par la possibilité de museler voire de dissoudre le Parlement. Cette prééminence de l’exécutif sied particulièrement au grand capital, auquel elle permet de voir réalisés ses desideratas quotidiens par ce régime bonapartiste bâtard, guère embarrassé par sa nécessaire couverture parlementaire pour pondre décrets, circulaires, nominations, etc. y répondant immédiatement. La réforme du quinquennat (et l’inversion du calendrier électoral) décidée par le gouvernement de la « gauche plurielle » a encore renforcé le poids de cette élection en tendant à transformer les élections législatives en son simple prolongement.

Pour autant, ces élections restent un terrain où s’expriment, même de manière déformée, la lutte des classes, les rapports politiques entre les classes, et elles sont un enjeu de la lutte des classes.

Comme on l’a vu, pour la bourgeoisie, l’enjeu est d’utiliser les élections de 2007 pour se donner les moyens politiques de lancer une nouvelle vague d’assaut contre les travailleurs, et inversement, pour les prolétaires et jeunes, elles peuvent être l’occasion de manifester leur volonté de résister et de briser cette vague qui s’annonce.

 

De cette appréciation, il découle que les conditions politiques dans lesquelles les élections sont préparées ont une importance considérable. Depuis des mois, une propagande quotidienne effrénée de tous les grands groupes de presse capitalistes tente de fixer l’attention des masses sur la ligne bleue du scrutin présidentiel d’avril et mai prochains. Mais il n’était pas écrit, après la défaite de Chirac, Villepin et Sarkozy sur le CPE., que le calendrier soit tenu et que le Medef et l’UMP soient, comme c’est le cas aujourd’hui, en position de faire élire leur candidat. La possibilité existait, en prenant appui sur la défaite qu’ils avaient subie sur le CPE, de leur infliger une défaite décisive avant l’échéance électorale. Mais les dirigeants syndicaux ont remis en selle le gouvernement en rétablissant immédiatement la concertation sur tous les terrains. Un des premiers résultats de la volonté des appareils de permettre au gouvernement de tenir jusqu’au bout fut l’adoption sans coup férir d’une modification à la loi de privatisation d’EDF GDF, visant à faire sauter le principe de l’actionnariat majoritaire de l’Etat pour faciliter la fusion GDF – Suez.

 

Et à partir de la rentrée, tandis que PS et PCF renvoyaient plus que jamais toute perspective de changer de gouvernement aux lendemains d’élection, les directions syndicales se sont employées à dilapider méthodiquement toute possibilité de combat, à liquider les potentialités ouvertes par la défaite du gouvernement UMP sur le CPE.


Les appareils syndicaux pavent la voie du gouvernement vers les élections présidentielles


Le projet de budget ébauché dès juin 2006 est celui qui affiche le plus de suppressions de postes de la législature, 20 000 (sans compter celles qui pourront survenir en cours d’exercice, au titre de l’application de la « Lolf »). L’enseignement – en premier lieu le secondaire – est touché de plein fouet. Mais proportionnellement au nombre de fonctionnaires, c’est pire encore aux Finances.

Or, dans ce dernier secteur, tout l’automne a été marqué par des mouvements significatifs. Aux Douanes, tout particulièrement, contre une « réforme » aboutissant à de nombreuses suppressions de postes et de sites, mais aussi aux Impôts contre une réforme des mutations. Les dirigeants des fédérations CGT et FO des Finances se sont appliquées à isoler les différents secteurs de ce ministère les uns des autres, allant jusqu’à appeler à des grèves sectorielles à deux jours d’intervalle (!), et bien entendu se refusant à centraliser tous ces mouvements, par exemple sous la forme d’une puissante manifestation des travailleurs des Finances à l’Assemblée nationale contre le projet de budget qui concentre l’ensemble des mesures prises contre les agents et leurs statuts.

 

A la SNCF, ensuite, des grèves locales ont montré la détermination des agents des conducteurs contre la remise en cause de leur déroulement de carrière et de leurs conditions de travail (sous prétexte du passage au service d’hiver). Mais alors que les questions soulevées étaient partout identiques, les appareils syndicaux, en premier lieu celui de la CGT les a laissé s’étioler, région par région, dépôt par dépôt.

 

La journée d’action du 8 février « sur les salaires » dans la Fonction publique, le même jour qu’une manifestation (sans grève) des cheminots, devait donc balayer la voie en direction des présidentielles.

 

Mais, dans l’enseignement, où le gouvernement poursuit jusqu’à la dernière minute une offensive multiforme, une question d’une grande importance a amené les professeurs à chercher à nouveau le chemin du combat: la destruction des décrets régissant leur service, datant de 1950. Il s’agit pour le gouvernement UMP de casser la définition des services en heures d’enseignement dans une discipline déterminée, d’aller vers la définition locale des services des professeurs et de porter un dernier coup frontal aux enseignants en liquidant un certain nombre de décharges horaires existantes, en d’autre termes en baissant brutalement le salaire de dizaines de milliers d’enseignants.

De fait, les enseignants ont imposé aux directions syndicales – lesquelles proposaient au ministère de co-réécrire les décrets de 1950 – d’appeler à la grève le 18 décembre 2006, pour le retrait du projet de décret de Robien, et de boycotter l’instance de concertation (CTPM) saisie de ce projet. La question d’une manifestation centrale au siège du gouvernement, de l’appel à la grève de tous les collègues pour organiser la montée en masse était posée dès décembre et le reste encore au moment où ces lignes sont écrites.

Pour autant, la décision qui vient d’être prise par les fédérations de l’Education nationale appelant à une « semaine d’action » du 19 au 24 mars, la décision de la direction du SNES – qui a la responsabilité essentielle - de s’y insérer par une grève de 24 heures le 20 Mars agrémentée d’une poussière de « manifestations » dans les gares, les rues piétonnières et d’interpellations des élus, manifestent la volonté claire de fermer toute perspective d’affronter le pouvoir.


Airbus : une possibilité pour la classe ouvrière de faire irruption sur la scène politique avant les élections


C’est une véritable épreuve de force, dont le résultat influera sur celui des élections, que le gouvernement a engagée avec la classe ouvrière à Airbus, entreprise-phare, en y annonçant par la bouche de Villepin 10 000 suppressions d’emploi, alors que dans de nombreuses entreprises du secteur privé se multiplient les grèves pour les salaires et contre les licenciements.

 

Quelques années après que le gouvernement Jospin Gayssot Voynet ait livré l’aérospatiale au capital privé, celui-ci entend aligner EADS sur les normes de fonctionnement de Boeing, lequel a filialisé et sous-traité l’essentiel de la fabrication de ses avions… supprimant du coup la moitié de ses effectifs en quelques années. Pour les capitalistes, et leurs Etats, même une entreprise de pointe aux carnets de commandes remplis doit subir les exigences d’un taux de profit toujours plus élevé. Au passage, l’impérialisme allemand impose là aussi de plus en plus ses exigences à son concurrent français en s’octroyant quelques-uns des secteurs de production les plus juteux. Ainsi va leur prétendue « Europe unie » !

 

Dès l’annonce du plan « Power 8 », des deux côtés du Rhin, les travailleurs ont débrayé spontanément. Aux dirigeants CGT de l’usine de Méaultes (condamnée par le plan) parlant de « mouvement d’humeur », ceux de l’IG Metall ont fait écho en précisant que : « les arrêts de travail qui ont eu lieu à Varel, Laupheim et Nordenham étaient spontanés et non organisés par IG Metall »… et appelant à la reprise pour rester dans le cadre de la « légalité ». Contre la volonté des travailleurs, qui ont les mêmes intérêts dans tous les pays touchés, aucune direction syndicale ne revendique le retrait pur et simple du plan « Power 8 ». Acceptant les exigences du Capital, elles n’envisagent même pas l’expropriation des groupes privés qui ont accumulé des profits gargantuesques avec EADS (Lagardère, par exemple, a investi 200 millions d’euros lors de la privatisation et a revendu, peu avant l’annonce des retards sur le nouvel avion, la moitié de ses titres pour 2 milliards !). Elles se situent sur le terrain de la « recapitalisation de l’entreprise », « par la puissance publique, par des institutions financières et par des collectivités territoriales…» (déclaration de la CGT en date du 27 février), quand elles ne se vautrent pas dans la fange du « patriotisme économique », opposant la défense de « l’industrie française » à l’Allemagne.

Et tandis que le PS propose la « régionalisation » du capital, le PCF (Buffet) propose: « l’ouverture d’un débat avec les directions d’entreprises, les salariés et les élus » ! Elle ajoute : « Le Parlement doit être convoqué d’urgence ». Il faudrait donc remettre le sort des travailleurs entre les mains de la majorité de députés UMP !

 

Alors que la seule issue positive est l’appel à la grève générale du groupe, contre toute suppression d’emploi, pour le retrait du plan « Power 8 », dont les grèves spontanées ont montré la possibilité, les appareils syndicaux ont appelé à … quatre heures de grève le 6 mars, puis à une « eurogrève » le 16.

La grève totale à Airbus, à quelques semaines des élections, aurait un impact considérable dans tout le pays. Elle ouvrirait en particulier la voie à la manifestation centrale de tous les métallos à Paris, au siège du gouvernement, contre toutes les suppressions d’emploi, à l’appel des fédérations de métallos, mais aussi du PS, du PCF, de la LCR et LO qui disposent pour cela des tréteaux électoraux.

Une telle issue bouleverserait la situation politique et éviterait que la campagne soit placée sous le signe d’une défaite dans cette entreprise dont le sort prend aujourd’hui une importance cruciale pour tout le prolétariat. L’irruption des ouvriers d’Airbus sur le devant de la scène bouleverserait aussi les plans des directions syndicales, d’ores et déjà toutes tournées vers les élections présidentielles.


Les appareils syndicaux « interpellent » les candidats


Pour prendre l’exemple de l’enseignement, il est significatif que la FSU, fédération majoritaire, ait vu son orientation se centrer, depuis des mois, sur « l’interpellation » des candidats aux présidentielles. Tel était le seul objectif clair assigné à la « manifestation nationale » organisée par la direction de la FSU le samedi 20 janvier à Paris, avant que son congrès soit entièrement tourné vers cette « perspective ». Que signifie-t-elle à l’adresse des enseignants, sinon que ces derniers devraient non seulement s’en remettre aux élections présidentielles, mais qui plus est espérer des réponses positives à leurs revendications de la part de tous les candidats « démocratiques » (au nombre desquels la direction de la FSU intègre naturellement le ministre Sarkozy qui est aussi le ministre de la chasse aux enfants sans-papiers dans les écoles).

 

Au nom de l’ « indépendance » du syndicat par rapport à la politique, dirigeants de la CGT, de FO, de la FSU, dans un bel ensemble, refusent de donner toute consigne de vote. La direction de FO ne fait que confirmer une position très ancienne d’ « apolitisme ». La direction de la CGT, à travers sa commission exécutive confédérale déclare : « La CGT en tant qu’organisation syndicale indépendante des partis, comme du patronat et du gouvernement, n’a pas à donner de consigne de vote. ». Le congrès de la FSU a également exclu toute consigne de vote en décidant d’interpeller les candidats sur un « manifeste pour l’éducation ». Quant à la direction de l’UNEF, elle est allée jusqu’à inviter à son congrès tous les candidats « démocratiques » aux élections, parmi lesquels… Sarkozy et Bayrou.

 

Evidemment, le refus d’appeler à battre les candidats des partis bourgeois au nom de l’ « indépendance syndicale » est une escroquerie. La seule indépendance syndicale qui vaille, c’est l’indépendance de classe, donc l’indépendance par rapport au patronat, à la bourgeoisie et à son Etat. Cette indépendance de classe commande au contraire que les organisations syndicales, qui ne peuvent être indifférentes aux conditions politiques de la lutte des classes, appellent à défaire les candidats des partis bourgeois, surtout lorsque ceux – ci, tels Sarkozy, programment ouvertement la liquidation du droit de grève, celle des régimes spéciaux, la sélection à l’Université, etc.

 

Pendant que le gouvernement poursuit jusqu’à la dernière heure son offensive contre les travailleurs, les appareils posent les jalons de la coopération avec le futur gouvernement au compte du MEDEF. Ainsi, la Commission exécutive confédérale de la CGT relie son refus de prendre position sur les élections à son « combat pour de nouvelles conquêtes économiques et sociales, pour un nouveau statut du travail salarié dont la « sécurité sociale professionnelle », véritable alternative aux licenciements ». Sur ce terrain la concertation pourra aller bon train puisque c’est l’objectif du MEDEF , qui figure au programme tant de Sarkozy que de Ségolène Royal. Tout dans la déclaration de la CEC de la CGT est du même tonneau : « nouvelles règles de représentativité syndicale…principe de l’accord majoritaire… modernisation des services publics ».

Le journal Le Monde du 9 février résume la position des dirigeants syndicaux sur la question des élections : « Nul ne franchit une ligne jaune au-delà de laquelle les relations avec le futur pouvoir serait compromis. ».


Pour les travailleurs, une nécessité : battre tous les candidats des partis bourgeois,
Sarkozy, bien sûr, mais aussi Bayrou, Le Pen, etc.


Il ne fait aucun doute que la plupart des secteurs de la bourgeoisie, la victoire de Sarkozy serait la meilleure configuration politique pour remporter la prochaine bataille contre le prolétariat et ses acquis. Celui-ci a montré son aptitude à ranger derrière sa candidature la quasi-totalité de l’UMP – ce qui était loin d’être donné d’avance. Sa victoire, éventuellement suivie d’une victoire de l’UMP aux législatives, garantirait la stabilité de la Ve République. Il a, comme ministre de l’Intérieur, montré qu’il ne reculerait pas devant les mesures d’ « ordre » contre le mouvement du prolétariat et de la jeunesse. Il n’en reste pas moins que d’autres candidats peuvent bénéficier de soutiens de fractions non négligeables du Capital, voire des mêmes que Sarkozy, mais pour d’autres raisons.

 

Le Pen représente les secteurs de la bourgeoisie que la liquidation des barrières douanières dans le cadre de l’UE, la libéralisation des échanges commerciaux à l’échelle mondiale, menacent dans son existence même. Cette fraction est d’autant plus enragée que la situation d’ensemble de la bourgeoisie française est menaçante et que donc nombre de secteurs sont au bord de la banqueroute. Il peut se targuer pour cela d’un pedigree fait du soutien aux causes les plus réactionnaires de la bourgeoisie, depuis le poujadisme et l’Algérie française, d’une xénophobie jamais démentie, aux relents fascisants, ne concédant sans doute que la défense des Chouans à de Villiers. Son populisme réactionnaire mord sur une frange de l’électorat ouvrier du fait de la décomposition du mouvement ouvrier, du désespoir généré par la politique menée par le PS et le PCF lors qu’ils ont été au pouvoir depuis 1981.

La candidature Bayrou est quant elle aujourd’hui propulsée par les sondages et le matraquage médiatique, comme le fut la candidature Royal lors des primaires du PS... mais contre elle. Car il est au centre d’une opération visant à porter un coup au PS qui menacerait immédiatement son existence même. C’est même son principal intérêt pour la bourgeoisie, son programme, adoubé par l’ancien président du FMI, M.Camdessus, étant celui de Sarkozy enrobé de sauce béarnaise, martelant sur la nécessité de réduire la dette et de supprimer les déficits (avec le soutien d’un « expert », J. Peyrelevade, ancien président du Crédit Lyonnais). Bayrou, le candidat de l’UDF maintenue, donc du parti de la démocratie chrétienne aux liens privilégiés avec l’Eglise catholique. Rappelons qu’il est l’homme de l’amendement Bayrou, amendement « caisses ouvertes » pour les écoles privées et confessionnelles contre lequel se sont dressés un million de manifestants en janvier 1994. Sa proposition de « grande coalition » s’inspire ouvertement de la situation allemande, où celle-ci vint de voter l’allongement de l’âge de départ à la retraite à 67 ans, ou encore de la situation italienne, où les partis issus du mouvement ouvrier se sont subordonnés au démocrate-chrétien Prodi. Cette voie, qui séduit largement dans la bourgeoisie, est une voie sûre, testée dans de nombreux pays d’Europe, pour réaliser le même programme que l’UMP.

 

Mais sa candidature sert d’abord aujourd’hui de levier pour tenter de briser le PS, au profit d’un grand « parti démocrate » que prône Bayrou, et qui intégrerait des pans entiers de l’appareil du PS. Ce qui n’est envisageable que parce que ce dernier n’y voit guère d’objections. Il suffit de citer l’interview donnée par Strauss-Kahn au Monde dans laquelle il invite ouvertement à constituer une majorité du « pacte présidentiel » avec Bayrou sous prétexte de battre Sarkozy. Car, ce qui permet à cette opération de prendre une certaine ampleur, c’est la politique menée par la direction du PS.


A la volonté populaire de battre Sarkozy et les partis bourgeois,
le PS oppose la candidature de Royal, et son programme


Pendant des mois et des mois, Royal a été lancée sur le marché comme un produit de marketing par les grands médias. Les grands groupes de presse du capital financier préparaient le terrain pour la victoire de Royal dans les « primaires » socialistes, victoire ouvertement souhaitée par les dirigeants UMP.

La candidature de Royal a été lancée à l’extérieur du PS à travers les clubs « Désir d’avenir », et d’emblée Royal a affiché des positions qui indiquaient que, non seulement elle entendait écarter de sa campagne toute référence, même la plus formelle aux revendications du prolétariat, mais qu’elle se situait sur le terrain de la compétition – émulation avec les candidats des partis bourgeois sur le terrain des propositions les plus réactionnaires, y compris sur le terrain « sécuritaire » où elle se faisait forte d’en remontrer à Sarkozy.

 

L’appareil du PS a vite emboîté le pas, et préparé les condition de son succès, notamment en instaurant les « cotisations à 20 euros » permettant à des dizaines de milliers de nouveaux « adhérents » de voter pour plébisciter le candidat du PS. Au final, c’est un nouveau pas dans la décomposition du PS qui a été franchi, et, quel que soit le résultat de la présidentielle, le fait que Royal se soit subordonné le PS, qu’elle l’ait pris (pour la première fois dans son histoire) « à droite », ouvre une nouvelle étape, dont l’un des enjeux est le maintien ou non de l’existence du PS comme parti ouvrier- bourgeois parlementaire, même ultra- dégénéré.

 

L’axe de la campagne de Royal : « réconcilier les Français avec l’entreprise », « réhabiliter la valeur – travail » ne peut que réjouir le Medef. Sa campagne pour l’ « ordre juste » est explicitement empruntée à la doctrine sociale de l’Eglise. C’est dans ce cadre, après la comédie des « débats – participatifs » qui avait d’abord comme fonction de l’émanciper du PS, que Royal a décliné ses « cent propositions » le 11 février, qui se situent totalement dans la lignée de ses déclarations précédentes.

 

Il faut d’abord préciser que Royal exclut de son programme toute abrogation de la rafale de lois réactionnaires du gouvernement UMP, ni les lois Fillon, ni les lois Perben-Sarkozy, par exemple. Ensuite, le discours de Villepinte a commencé par l’évocation de la dette publique... Tout un programme !

 

Le moyen selon elle de « réduire la dette » (c'est-à-dire de payer rubis sur ongle capital et intérêts aux grandes banques créancières), c’est, pour Royal, « la réforme de l’Etat » via la « décentralisation aboutie », dans la continuité de la « décentralisation » Raffarin de 2003. C’est, pour Royal, le moyen d’expulser des centaines de milliers de fonctionnaires de la Fonction publique, de supprimer des ministères comme elle l’a indiqué aux Echos du 15 mars.

Le PS ne peut éviter (ce sont les traces du combat de la jeunesse au printemps 2006) de se prononcer pour l’abrogation du CNE et pour que le CDI soit « la règle ». Sa candidate ne s’en prononce pas moins pour une « réforme des 35 heures » dans le souci de la « compétitivité des entreprises », et propose la mise en place de « 500000 emplois tremplins » qui livreraient les jeunes au patronat, tous frais payés pour ce dernier ! Bien évidemment, elle défend la fameuse « sécurité sociale professionnelle » dont on a montré plus haut qu’elle équivalait à la liquidation du CDI.

Son programme sur l’Ecole est entièrement réactionnaire : autonomie totale des universités, assouplissement de la carte scolaire (et donc concurrence effrénée entre établissements), création d’une sous catégorie d’enseignants, dont on imagine aisément le statut appelés « répétiteurs ». Elle s’est même distinguée en assumant le contenu d’une vidéo où elle propose d’obliger les enseignants à 35 heures de présence dans les établissements !

 

En réalité, ce qui distingue Royal de ses concurrents à ce stade, mis à part quelques promesses symboliques (comme une augmentation du SMIC dans des délais inconnus et sans préciser si elle parle en brut ou en net), c’est le soin particulier que prennent toutes ses propositions à associer au maximum possible les dirigeants syndicaux à sa politique. Ainsi sur les salaires via « une conférence nationale sur les salaires, les revenus et la croissance » annuelle, mais encore dans l’enseignement, etc. Rappelons que Royal a même évoqué la possibilité d’aller vers un syndicalisme obligatoire (sponsorisé et financé en réalité de a à z par l’Etat et le patronat) pour utiliser à plein les appareils syndicaux pour faire passer sa politique sans heurts majeurs.

 

Le programme du PS est un programme de défense du capitalisme français et de l’Etat bourgeois. Royal l’exprime de la manière la plus glaçante, repoussante. Certes, à l’instar des enseignants cités par le Monde du 14 mars qui affirment « voter Royal non, mais voter socialiste oui », des millions de travailleurs voteront PS malgré son programme, parce qu’ils n’ont guère d’autres possibilités pour battre les candidats des partis bourgeois. Mais la campagne de la candidate du PS est un obstacle de taille à la défaite des partis de la bourgeoisie.

 

Il n’en demeure pas moins que la signification essentielle de sa victoire éventuelle au second tour ne serait pas un soutien à son programme, mais la manifestation de la volonté des masses d’en finir avec la politique menée depuis cinq ans par l’UMP et l’UDF, de les chasser du pouvoir.


Buffet (PCF) candidate au nom de la « gauche anti- libérale »


De 1995 à 2002, les élections présidentielles ont toujours ponctué l’irrésistible effondrement électoral du PCF. Il n’en sera pas cette année autrement. La vérité est que le PCF est condamné à l’agonie et à la mort par la restauration du capitalisme en URSS et la disparition de la bureaucratie du Kremlin, à l’existence de laquelle sa propre existence était liée.

 

Ce que les dirigeants présentaient comme un remède à cet inexorable déclin, à savoir présenter la candidature PCF dans l’emballage de la « gauche anti-libérale », s’est avéré être un facteur de dislocation supplémentaire. Non seulement la tentative de faire avaler la candidature Buffet comme candidature des « collectifs antilibéraux » a échoué, mais le résultat final est que la candidature PCF est portée par le seul PCF, mais avec … interdiction du sigle PCF dans les meetings de Buffet, ce qui ne manque pas de développer à tous les niveaux une crise ouverte du PCF, une partie de l’appareil derrière Braouezec faisant campagne pour Bové.

 

Le programme du PCF ne se situe pas moins que celui de Royal sur le terrain de la défense de la propriété privée des moyens de production et de l’Etat bourgeois. Fustigeant les « dérives de l’Etatisation », Buffet se place en effet sur le terrain d’une « autre orientation de la mondialisation », qu’il faudrait simplement réformer pour atténuer les effets de l’impérialisme.

En demandant « l’intervention des salariés dans la gestion » des entreprises, elle propose en réalité une nouvelle mouture de l’association capital – travail. Son programme se situe de facto entièrement sur le terrain des contre–réformes voulues par la bourgeoisie française, comme la « modernisation des services publics ». Il en va aussi ainsi de sa proposition de remise en cause du salaire différé comme base de financement de la Sécurité sociale (au nom de la taxation des machines et de la spéculation !). Il en va bien sûr ainsi de la « sécurité sociale professionnelle » dont elle est une des plus ardentes promotrices.

 

Le programme de Buffet dans cette campagne n’ouvre pas davantage d’issue aux travailleurs que celui de Royal. Mais comme le vote Buffet ne présente même pas l’intérêt, aux yeux des travailleurs, d’être efficace pour éviter d’avoir deux candidats des partis bourgeois au second tour, une nouvelle catastrophe électorale est en vue pour le PCF.

 


Besancenot, Laguiller : une orientation qui tourne le dos à un véritable programme révolutionnaire


Les candidats LCR et LO sont volontiers présentés comme « révolutionnaires », ou même « trotskystes », même si, s’agissant de Besancenot, il rejette systématiquement cette étiquette.

D’ailleurs, la LCR s’était prononcée pour une candidature unitaire anti-libérale, donc d’une candidature derrière laquelle auraient pu se retrouver non seulement le PCF et la LCR, mais encore la nébuleuse de groupes divers dont certains, tels ATTAC, la fondation Copernic et autres, sont des groupes totalement étrangers au mouvement ouvrier.

La seule « exigence » de la direction de la LCR était d’obtenir la « garantie » qu’un tel candidat ne prendrait pas position pour la candidate du PS au second tour. Il s’agissait donc d’une exigence manœuvrière (pour ne pas se retrouver enrôlée sous la bannière du PCF, force numériquement la plus importante de ces collectifs) mais aussi réactionnaire, rééditant la politique de la LCR en 2002 qui, au premier tour, avait annoncé son refus de voter Jospin en cas de présence de celui-ci au second tour pour finir… par appeler à voter Chirac !

 

Devant le refus des autres « composantes » des « collectifs», la LCR a donc fait cavalier seul, non sans provoquer une crise en son sein, une partie de ses membres menant campagne pour le candidat « apartidaire » Bové. Cela dit, la course aux parrainages emmène Besancenot bien loin, nuançant d’une part sa position sur le second tour, et jusqu’à accepter le parrainage d’Agaillon qui fut le ministre UMP qui liquida le statut des intermittents du spectacle !

 

La campagne de la LCR est marquée à la fois par le refus, en tout cas à ce stade, d’appeler à battre les partis bourgeois, mais tout autant par celui d’ouvrir la perspective du socialisme. On l’a rappelé dans la première partie de cet article, Besancenot ne remet pas en question le capitalisme, ni même le principe de « compétitivité » des entreprises. Chacune ou presque de ses apparitions télévisées le voit même se faire le hérault des « petits » capitalistes, sous-traitants, contre les « grosses entreprises » « donneurs d’ordre ».

 

Sous couvert de « pragmatisme », la LCR présente « un plan de mesures d’urgence sociales et démocratiques qui permettraient maintenant à des millions de personnes de sortir la tête de l’eau ». Mais précisément, il n’est pas possible de « sortir la tête de l’eau » sans s’engager dans la voie de l’expropriation du capital. Cela va de soi pour un trotskyste, c’est d’ailleurs ce qui fonde le Programme de transition adopté lors de sa fondation par la IVe Internationale. Mais la LCR est l’héritière politique des liquidateurs de la IVe internationale.

Se refusant à ouvrir cette perspective, le « programme d’urgence » de la LCR se présente inéluctablement ainsi qu’un couteau sans lame auquel il manque le manche. Quant au socialisme, interrogé sur la question par I-Tele (cf. le Monde du 28 février), il répond : « je n’ai pas de projet de société », ce qui ne peut être compris autrement que comme un rejet du socialisme (la LCR a récemment rejeté la « dictature du prolétariat » de ses statuts). Besancenot justifie ce rejet au nom d’ « un bilan critique, y compris sur les questions démocratiques, des expériences révolutionnaires qui ont pu être faites ». C’est semer la confusion entre la révolution d’Octobre et la contre-révolution stalinienne, attribuer au parti bolchévique de Lénine et Trotsky les crimes de Staline.

La candidature de Besancenot, par son programme, par le fait qu’elle tourne le dos à l’exigence de battre les candidats des partis bourgeois en utilisant le vote pour le candidat du parti issu du mouvement ouvrier resté en lice au second tour, ne peut être qualifiée de candidature révolutionnaire.

 

Quant à Lutte Ouvrière, le même constat s’impose. A ne pas vouloir ouvrir la voie de l’expropriation du capital, de l’organisation de la production en fonction des besoins des masses et non du profit, ses « revendications d’urgence » prennent une signification singulière. Ainsi, face aux plans de licenciements, Arlette Laguiller se prononce pour l’ouverture des livres de compte du patronat. Soit. Mais du point de vue d’un programme réellement révolutionnaire, l’ouverture des livres de compte n’est pas un but en soi. Il constitue un mot d’ordre transitoire qui ne vise à rien d’autre qu’à rendre immédiatement saisissable la nécessité d’établir le contrôle ouvrier et, au-delà, l’expropriation des grands groupes capitalistes pour faire fonctionner la production au service des masses.

Autrement, le mot d’ordre d’ouverture des livres de compte finit inéluctablement par être réduit à celui… de l’extension du pouvoir des comités d’entreprise, comme elle l’indique dans un meeting à Châteauroux le 2 septembre : « Il ne s’agit pas seulement de donner le bilan qu’elles donnent aux comités d’entreprise, il s’agit d’élargir les moyens des comités d’entreprise, leur droit de contrôler les comptabilités au jour le jour, de désigner des comptables et des experts indépendants qui contrôlent ces géants qui dominent la société, mais aussi les comptes en banque de leurs dirigeants, de leurs principaux actionnaires et de leurs proches. ». Ainsi dévoyé, le mot d’ordre d’ouverture des livres de compte ne se différencie en rien de celui du PCF « intervention des travailleurs dans la gestion des entreprises ». Au lieu d’être un mot d’ordre ouvrant sur la nécessité d’exproprier le capital, de porter au pouvoir un gouvernement ouvrier dont ce serait la mission, il s’inscrit dans le cadre réformiste et vain « d’une autre répartition des richesses ».

 

Quant à la nécessité de battre les candidats des partis bourgeois, certes, Arlette Laguiller épouse aujourd’hui l’aspiration à « chasser la droite ». Dans ses bulletins d’entreprise on lit ainsi : « Oui, on ne peut que souhaiter que cette droite aussi effrontément au service des possédants reçoive lors de l'élection présidentielle la réponse qu'elle mérite de la part des électeurs populaires. ». Mais c’est aussitôt pour proposer … le contraire : « c’est seulement au premier tour qu’on peut dire ce que l’on pense, c’est au premier tour qu’on peut voter selon ses convictions et exprimer ses exigences. Au deuxième tour, l’électorat n’a le choix qu’entre deux candidats, qui chacun à sa façon mènera la politique que lui imposera le grand patronat. ».


A quoi servent les Bové, Voynet, Schivardi ?


A ces deux candidats étiquetés comme trotskystes, les medias en rajoutent parfois un troisième, Gérard Schivardi, maire divers gauche et conseiller général de l’Aude où il siége dans le groupe de la gauche plurielle. Celui-ci se défend vigoureusement d’être « d’extrême gauche », affirmant même que si Fabius avait été désigné par le PS, il ne serait pas présenté. Mais Schivardi est l’homme de paille du Parti des Travailleurs, dont l’essentiel des forces militantes est constitué du « courant communiste internationaliste » dirigé par Gluckstein et Lambert.

Ceux-ci ont imposé que le PT soutienne celui qui se présente de manière grotesque comme « le candidat des maires ». Lequel candidat indique lui-même que sa candidature n’a rien à voir avec le mouvement ouvrier puisque, dit-il, elle est portée par des maires de « toutes tendances » !

Quant à sa politique, elle est étrangère au mouvement ouvrier : c’est une politique « souverainiste », se situant toute entière sur le terrain de la défense de la « nation française », ses communes, sa « démocratie politique » et son vin, contre l’Union Européenne et ses diktats. Pratiquement, cela revient à exonérer le gouvernement UMP de toute responsabilité, puisque tout le mal découlerait du traité de Maastricht et des directives de la commission européenne. Conséquence, Schivardi lui aussi ne pipe mot de la nécessité de battre les partis bourgeois, de se préparer ainsi à combattre l’offensive annoncée pour le lendemain des présidentielles.

 

La soumission du PT à la candidature de Schivardi, candidature donc ouvertement étrangère au mouvement ouvrier, est une étape supplémentaire dans la décomposition politique du « courant communiste internationaliste » de Gluckstein Lambert.

 

La candidature de Bové n’est pas moins réactionnaire. Elle se définit d’abord comme tout entière tournée contre l’existence de partis et d’organisations du mouvement ouvrier, en particulier elle vise à torpiller les candidatures Buffet et Besancenot. Que les supporters de Bové aillent jusqu’à essayer d’arracher à Besancenot les parrainages qu’il avait obtenus en dit long à cet égard ! A ce titre, Bové a d’ailleurs fait preuve d’une certaine efficacité puisque sa candidature a disloqué aussi bien le PCF que la LCR, dont un certain nombre de militants font sa campagne. Sa candidature est un élément d’accélération de la décomposition du PCF.

Réactionnaire, la campagne de Bové l’est aussi dans son contenu. Apôtre de la « décroissance », il nous explique que le problème n’est pas que la production soit orientée dans le seul but de la réalisation du profit et non de la satisfaction des besoins des masses. Non. Le problème, pour lui, serait que l’humanité produit trop. Eternel discours réactionnaire des écologistes de tout poil (de la multi-millionnaire Lepage à l’ami intime de Chirac, Nicolas Hulot aux émissions sur TF1 sponsorisées par Rhône-Poulenc en passant par l’ex-ministre de Jospin Voynet), qui fait reposer les catastrophes planétaires qui se préparent non pas sur la course folle au profit des grands trusts qui dominent et façonnent la société, mais sur l’irresponsabilité supposée des individus. A ce compte-là, la cause des raz-de-marée ne serait pas les mouvements de l’océan mais ceux de l’écume.

 

La candidature de Voynet, ancienne ministre de la « gauche plurielle » est sur le même terrain. Précisons : il est absolument incontestable que le capitalisme engendre – et la situation va s’aggravant – d’immenses catastrophes dans les rapports de l’homme et de son environnement : catastrophes climatiques, pollution, destruction des ressource naturelles, augmentation des zones désertifiées, etc. Le seul adage du capitalisme a toujours été : encaisser le profit maximum et immédiat, après moi… le déluge ! Il est impossible d’arrêter ce désastre sans mettre à l’ordre du jour en urgence la collectivisation des moyens de production, la maîtrise par les travailleurs de ce qui est produit et à quelles fins. Cela suppose la coopération avec le prolétariat au pouvoir des scientifiques débarrassés de la tutelle du capital permettant de saisir les conséquences en ce qui concerne les rapports de l’homme et de la nature. Mais, c’est autre chose que nous proposent les charlatans « écologistes » réactionnaires, à savoir une campagne contre la satisfaction des besoins des masses, contre la science elle-même, une campagne qui s’accommode parfaitement de l’existence des trusts impérialistes.

 

Ces candidatures doivent donc être caractérisés pour ce qu’elles sont : des candidatures non seulement étrangères au mouvement ouvrier mais tournées contre lui. En conséquence de quoi : aucune voix pour les Bové, Voynet, Schivardi.


Ce que défendrait le candidat d’une organisation authentiquement révolutionnaire :
 « on ne peut aller de l’avant si l’on craint d’aller au socialisme »


Le Cercle et le «Comité » pour la construction du POR et de l’IOR n’ont ni les moyens politiques ni les moyens financiers de présenter un candidat aux élections présidentielles. Il doit pourtant être clair que, si nous avions ces moyens, nous présenterions un candidat à de telles élections. Notre position est celle qu’avait expliquée Stéphane Just, fondateur et dirigeant du Comité :

"Présenter un candidat aux élections présidentielles est un impératif politique pour toute organisation ou tout parti ayant les moyens politiques et matériels de le faire. A moins, en ce qui concerne les organisations ou partis ouvriers révolutionnaires, qu’ils soient en mesure de les boycotter. Mais boycotter, ce n’est pas un appel à l’abstention, c’est empêcher, par tous les moyens, qu’elles aient lieu. Boycotter c’est ouvrir une situation révolutionnaire dans l’objectif de prendre le pouvoir. Pourquoi faut-il, quand le boycott n’est pas possible, présenter un candidat ? Parce que, en France, les élections présidentielles sont les plus importantes de toutes les élections. Il faut donc, lorsque c’est possible politiquement et matériellement, les utiliser, saisir les opportunités qu’elles offrent pour défendre sa politique, son programme.


Au regard de quoi la question de savoir si un des candidats des organisations et partis ouvr

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