Pour se préparer à faire face à la nouvelle vague réactionnaire qu’annoncent les élections présidentielles:
Tout faire pour battre Sarkozy, candidat de l’UMP et du MEDEF ,
et tous les candidats des partis bourgeois ( Le Pen, Bayrou, etc.)
I. Pour la bourgeoisie, l’enjeu :
franchir un nouveau stade dans la destruction des acquis ouvriers
Les « cent jours » de Sarkozy : une nouvelle déclaration de guerre au prolétariat et à la jeunesse
Le 21 février, Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa a présenté dans Le Parisien le contenu de ses « cent jours » (tradition bonapartiste oblige) s’il était élu à la présidence de la République en mai prochain. « Sarkozy veut frapper fort », commente le journaliste. Il ne dit pas qui mais on peut compléter : le prolétariat et la jeunesse. On peut en juger sur pièces.
Remise en cause du droit de grève. Sarkozy entend le soumettre partout à un vote à bulletins secrets, et soumettre à sanction pénale les piquets de grève (« il n’y en aura pas où que ce soit »). Il compte aussi, « et cela n’a pas à être discuté », instaurer un « service minimum » dans les transports et la Fonction publique. Cette déclaration de guerre contre le mouvement ouvrier, contre le droit de grève, donne le ton.
Casse du contrat de travail et de la durée légale du travail.
Cherchant à renouer avec l’objectif du « Contrat Première Embauche » que son gouvernement a dû retirer, Sarkozy propose d’aller rapidement vers le « contrat de travail unique », c'est-à-dire la liquidation du CDI qui sera encore « indéterminé » au sens où le travailleur ne saura déterminer à l’avance sa durée puisqu’il pourra être licencié à tout moment au terme de sa « mission ». Dans le même temps, en autorisant sans limite et sans charges le recours aux heures supplémentaires (qui n’en seraient plus), Sarkozy entend « libérer les 35 heures », en fait supprimer toute durée légale du travail dans ce pays (« ce sera une révolution »).
Nouvelle étape de la contre-réforme des retraites, casse des régimes spéciaux
S’agissant des régimes spéciaux « [ça] ne fera pas plaisir à tout le monde », Sarkozy, dont le conseiller spécial est rappelons-le François Fillon, est clair « je ferai cette réforme (…) la négociation commencera tout de suite». Il s’agit par là de paver la voie à une nouvelle étape de la contre-réforme des retraites (« il faudra être prêt pour 2008 »)
Nouvelles attaques contre l’accès aux soins, parachèvement de la liquidation de l’assurance-maladie
Tout en asséchant à coup d’exonérations de charges les ressources de l’assurance-maladie, dont le déficit provient pour l’essentiel des exonérations non compensées et des arriérés de cotisations patronales, Sarkozy veut faire payer les malades.
Pour « responsabiliser les patients », il prévoit « l’instauration d’une franchise sur l’assurance maladie … les premiers euros de soins de santé ne seront plus remboursés.»
Suppression de plus de 200 000 postes dans la Fonction publique, « réforme de l’Etat »
Là encore, Sarkozy annonce la couleur : « ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. », soit un « plan social » exceptionnel de 225 000 postes en cinq ans. Comment ? Notamment par la fusion des services du Trésor et des Impôts au ministère des Finances, la liquidation de pans entiers du service des Douanes, etc.
Liquidation des droits des chômeurs et mise sous le contrôle direct du patronat de l’Agence Nationale pour l’Emploi par la fusion ANPE/ ASSEDIC
Autonomie des universités et des établissements scolaires
Sarkozy entend effacer définitivement la défaite subie par Chirac en 1986 lorsqu’il avait dû retirer le projet de loi Devaquet, en réalisant l’« autonomie des universités », « avec liberté de recrutement des étudiants, y compris étrangers, liberté de recrutement des professeurs et liberté de définition des programmes de recherche ». Sa volonté d’aller vers « l’autonomie »/liquidation du système d’enseignement public s’étend aussi, précise-t-il, au second degré – où il s’agirait de pousser au bout les conséquences de la « loi d’orientation » de Fillon.
Sarkozy avance aussi une nouvelle série de compléments à l’impressionnant arsenal sécuritaire qu’il a déjà fait adopter depuis 2002 contre la jeunesse: responsabilité pénale à partir de 16 ans, peine plancher pour les multi récidivistes etc.
Enfin, Sarkozy promet non seulement de choyer la bourgeoise petite et grande qui constitue sa base naturelle (par exemple par la suppression à 90 % des droits de succession) mais encore de multiplier les cadeaux fiscaux au capital, à la Banque et à la Finance (par exemple la « défiscalisation des intérêts d’emprunts pour ceux qui achètent un appartement » qui profitera d’abord aux spéculateurs immobiliers).
Dans le droit fil de la « feuille de route » du MEDEF
Sarkozy, en particulier depuis la défaite de Chirac au référendum de 2005, puis celle qu’a encaissée Villepin sur le CPE., est le candidat qu’à l’évidence le MEDEF souhaite voir parvenir à l’Elysée. Son programme est totalement en phase avec celui du MEDEF , publié sous la forme d’un livre de Mme Parisot sa présidente, intitulé Besoin d’air.
« Besoin d’air ? » Pour le patronat, cela signifie en effet casser le contrat de travail, en généralisant le CNE à toutes les entreprises, et en instaurant par exemple un « CDI de mission à rupture précausée » qui pourrait être plus simplement appelé « contrat de projet » avec une « clause de rupture immédiate liée à la réalisation de la mission ou à n’importe quel autre événement prédéfini ».
Le temps de travail ? « C’est le concept de durée légale du temps de travail qu’il faut remettre en cause » (p.95), car il serait nécessaire que celle-ci « ne soit plus déterminée par la loi, mais soit déterminée, branche par branche, entreprise par entreprise, par un accord entre patronat et syndicats. » (page 16 -17).
La sécurité sociale ? Aux orties ! « Depuis 1999, année de la création de la couverture maladie universelle (CMU), ce n’est plus le travail qui détermine l’accès à la couverture santé, mais la résidence. La logique voudrait donc que l’entreprise cesse d’assurer le risque maladie – hors bien sûr les accidents du travail ou les maladies professionnelles – et que la solidarité nationale prenne le relais par l’impôt » (p. 125).
L’autonomie des universités ? Le MEDEF explique son objectif : « Que chaque université décide des modes de sélection des étudiants selon les critères de son choix – dossiers individuels, entretiens personnalisés, examens et concours….chacune pourra développer ainsi son offre et son positionnement… »
Inutile de poursuivre : il y a unité entre le programme du grand patronat et celui du candidat chéri du grand Capital, Nicolas Sarkozy. Il faut juste préciser que les autres principaux candidats des partis bourgeois, Bayrou et Le Pen, soutenus eux aussi par divers cercles du capital financier français, n’y trouvent rien à redire.
Mais comment Sarkozy et le MEDEF comptent-ils réaliser ce programme, faire de l’élection présidentielle un tremplin pour accroître encore la brutalité de l’offensive réactionnaire dont les travailleurs et les jeunes sont les cibles ? Dans l’interview citée, Sarkozy répond.
« Je fais confiance au pragmatisme des syndicats » (Sarkozy)
Sarkozy entend prendre appui totalement sur les appareils syndicaux pour mener à bien son programme de contre-réformes.
C’est le sens de son projet d’une « loi sur la démocratie sociale »… visant à compléter et renforcer l’actuelle loi sur la « modernisation du dialogue social ». Sarkozy explique : « Tout ce qui touche au droit du travail devra être négocié entre salariés et patrons. Mais le temps de la discussion devra être encadré : entre quatre et six mois. Et s’il n’y a pas accord, c’est le législateur qui tranche. »
Car Sarkozy le sait, et le gouvernement UMP en a fait il y a un an l’expérience sur le CPE : rien n’est possible sans la coopération pleine et entière des appareils syndicaux.
Sa confiance au « pragmatisme des syndicats » ou plutôt des appareils syndicaux est totalement fondée.
Il faut le rappeler : Thibault, Mailly ont applaudi le discours de Chirac au CES (Conseil Economique et Social) dans lequel il présentait la loi de modernisation du « dialogue social ». Or dans ce discours, Chirac les enjoignait de rompre avec la « tradition protestataire » et la culture du conflit, il les invitait à être « au cœur de l’élaboration des réformes ». Ils ont même, par la proposition d’amendement Thibault – Chérèque à la loi de modernisation sociale, demandé de pouvoir aller jusqu’au bout de ce rôle de co- élaboration par la refonte des règles de « représentativité syndicale ». En proposant que celle-ci s’établisse sur la base d’élections dans les entreprises, ils ont eux-mêmes pris en charge par avance la liquidation du droit du travail existant au niveau des branches au profit de l’accord d’entreprise, c'est-à-dire la pulvérisation des garanties collectives du prolétariat.
Entre le MEDEF , les partis bourgeois, les appareils syndicaux (et aussi le PS et le PCF), la convergence pour liquider aussi bien le Contrat à durée Indéterminée que l’assurance chômage se réalise sur le mot d’ordre commun de « sécurité sociale professionnelle ». Il faut rendre à César ce qui lui appartient : c’est à l’appareil de la CGT que l’on en doit la paternité.
De quoi s’agit-il ? De la généralisation de ce qui existe déjà sous forme d’expérimentation avec les « contrats de transition professionnels » : le travailleur licencié perçoit une continuité de rémunération sous la condition que non seulement il accepte toute proposition de « formation » en relation avec les besoins économiques du « bassin d’emploi », mais encore d’être mis à la disposition de toute entreprise du dit « bassin d’emploi ». L’approbation de ce CTP par les directions syndicales – particulièrement celle de la CGT – s’oppose à toute tentative des travailleurs de combattre les plans de licenciements, et au mot d’ordre : « aucune suppression d’emploi ». Elle vise au contraire à accompagner les dits plans. Elle contient la liquidation des qualifications (puisque dans le cadre du CTP, la « formation » comme la « mise à disposition » du travailleur peut se faire en dehors de sa qualification).
Elle préfigure bien ce que l’appareil syndical appelle un « nouveau statut du travailleur salarié » : celui d’un travailleur mobile, déqualifié et polyvalent, dans une éternelle situation d’intérim, ramené à l’état du brassier qui loue sa force de travail huit jour ici, huit jour ailleurs selon les besoins du Capital.
C’est également sur ce terrain que se sont ouverts les « ateliers de la délibération sociale » initiés par le MEDEF , ateliers qui reposent aussi sur le « pragmatisme » des directions syndicales, et dont les différents « thèmes » (assurance chômage, contrat de travail, « sécurité des parcours professionnels ») n’en font en réalité qu’un seul : liquidation totale aussi bien des garanties des travailleurs sous contrat que des droits à indemnité des chômeurs. C’est à cet objectif que se concourent de facto les appareils syndicaux.
Un programme, des objectifs, répondant aux besoins du capitalisme…
Du simple énoncé de ce programme, en découle une conclusion immédiate pour qui est attaché aux intérêts des travailleurs : il faut tout faire pour battre Sarkozy, candidat commun de l’UMP et du MEDEF et tous les autres candidats des partis bourgeois : Bayrou, Le Pen.
Il faut souligner que le programme de Sarkozy correspond à ce qui est strictement nécessaire à la survie du capitalisme français dans le cadre de la concurrence internationale, lequel capitalisme français est (voir plus bas) dans une situation plus que préoccupante sur le marché mondial. Dans la lutte acharnée que se livrent les différentes puissances capitalistes à l’échelle mondiale, il n’existe pas d’autre recours pour les différentes bourgeoisies de frapper sans relâche, et c’est par son aptitude à diminuer toujours plus le « coût du travail » que chaque bourgeoisie peut espérer gagner en « compétitivité » et par conséquent en parts de marché.
La situation générale des prolétariats des grandes puissances impérialistes est ainsi partout marquée par la liquidation plus ou moins avancée des conquêtes antérieures. En Allemagne, c’est le blocage des retraites et augmentation progressive de l’âge de départ jusqu’à 67 ans, l’augmentation du temps de travail sans augmentation des salaires dans les grandes entreprises comme dans la Fonction publique, la liquidation des droits des chômeurs. En Angleterre, c’est la privatisation générale des services publics sous couvert de « partenariat public – privé » (Hôpitaux, collèges etc.). Aux Etats-Unis, c’est la réduction jusqu’à 60% des salaires dans les entreprises du secteur automobile, avec un projet de liquidation totale de tout régime de retraite.
Partout, le panorama est identique, tandis que dans les pays capitalistes dominants, les chômeurs se dénombrent par dizaines de millions, qu’autant survivent avec des salaires de misère, dans une précarité croissante. Et alors qu’à nouveau, la fragilité des places financières qui sont le centre nerveux du capitalisme vient d’être mise en évidence suite à la crise boursière qui a touché l’Asie et en particulier la Chine, « eldorado » du capitalisme qui en conjugue dorénavant tous les traits de cauchemar : travailleurs sous-payés, encasernés, et spéculation effrénée tendant au krach, tandis que les miséreux sont engendrés par dizaines de millions.
Tout cela démontre que la défense des acquis ouvriers suppose que soient remises en cause les exigences léonines du capital, qu’en fin de compte, leur préservation est incompatible avec la perpétuation de la propriété privée des moyens de production et d’échange et les Etats qui la défendent, bref, qu’il faut en finir avec le capitalisme.
…dont la pérennité n’est remise en cause par aucun candidat déclaré,
pas même les candidats dits « d’extrême gauche »
Or aujourd’hui toutes les forces politiques issues du mouvement ouvrier qui présentent des candidats à ces élections ont répudié le combat pour le socialisme, pour l’expropriation du capital. C’est non seulement le cas de la candidate choisie par le PS qui veut « réconcilier la France et l’entreprise », mais aussi celui des candidats PCF, LCR et Lutte Ouvrière. Le PCF par la voix de Marie-George Buffet déclare ainsi dans l’émission de télévision « J’ai une question à vous poser » : « Il n’est pas question de nationaliser ; cette période est révolue. ». Cela a le mérite d’être clair et d’indiquer que le prétendu « anti-libéralisme » du PCF n’est qu’une escroquerie politique.
Olivier Besancenot (LCR) affirme quant à lui que son propre programme est parfaitement compatible avec le « compétitivité » des entreprises :
« Certains experts et politiciens qui ne craignent pas les fins de mois difficiles diront que de telles mesures seraient mortelles pour la compétitivité des entreprises et accroîtraient le chômage. A cela nous répondrons que récupérer les sommes réservées aujourd’hui aux dividendes et à la spéculation n’a aucun effet sur la compétitivité…».
On le voit : point besoin selon le candidat de la LCR de renverser le capitalisme ! D’ailleurs, il martèle dans toutes ses apparitions télévisées qu’il faudrait en revenir à la répartition salaires/profits/travail existant… sous Giscard, donc que la bourgeoisie consente à rogner quelque peu son taux de profit pour que tout s’arrange! Quel mâle radicalisme !
Quant à Arlette Laguiller on peut lire sur son site : « je suis communiste (…) [mais] ce n’est pas sur ce programme que je demande aux électeurs de se prononcer », avant de proposer d’en finir avec la « direction exclusive de l’économie aux groupes financiers ». En d’autres termes, « je suis communiste, mais mon programme n’est pas un programme communiste »… Mais c’est pourtant bien au mode de production capitaliste lui-même, basé sur la propriété privée des moyens de production et la recherche du profit, que les travailleurs, la jeunesse, sont confrontés.
Une offensive de la bourgeoisie française rendue d’autant plus nécessaire
que sa situation sur le marché mondial se dégrade…
La situation des capitalistes français sur le marché mondial ne cesse de se dégrader. Tous les indicateurs sont au rouge. Le MEDEF s’en alarme : « Nos parts de marché à l’exportation reculent tandis que de plus en plus, notre marché intérieur est alimenté par l’étranger. » (Besoin d’Air, p. 31). En effet. Le signe le plus manifeste de cette dégradation se situe dans le déficit du commerce extérieur. Le Monde du 10 février 2007 titre : « Le déficit commercial 2006 de la France atteint le record historique de 29,2 milliards d’euros ». Et d’insister dans une comparaison douloureuse avec l’Allemagne : « les exportations allemandes ont battu tous les records en 2006 et permettent à l’Allemagne de conserver, pour la quatrième année consécutive, son titre de numéro un mondial devant les Etats-Unis et la Chine. ».
Quant à la part de l’économie française dans l’économie mondiale : « De façon plus globale, et plus inquiétante, les exportations des produits français ont progressé moins vite que le commerce mondial (7%). Si la France a conservé son rang de cinquième exportateur mondial en 2005, elle a en revanche continué à perdre des parts de marché. En 1999 (…) les exportations françaises représentaient 17% du total des exportations de la zone euro, mais moins de 15% en 2005 » notait déjà Le Monde en février 2006. Le mouvement s’est plutôt amplifié depuis, comme l’indiquent encore les récents chiffres de la croissance du PIB qui manifeste la même tendance : augmentation de l’écart entre la France (2%) et l’Allemagne (2,9%).
Donc c’est d’abord et avant tout dans sa propre zone, l’Europe, que l’impérialisme français recule de plus en plus face à son principal « partenaire », en réalité concurrent, au sein de l’Union Européenne : l’Allemagne.
Publiquement, le gouvernement évoque des facteurs conjoncturels (facture pétrolière, surévaluation de l’euro), mais point besoin d’être expert pour remarquer que les mêmes facteurs n’handicapent pas de la même manière l’Allemagne ! La dégradation de la situation est patente dans les secteurs les plus décisifs de l’économie française. Emblématique est à cet égard la situation de l’automobile. Année 2006 « catastrophique » indique Mathieu Kaiser, dirigeant de BNP Paribas, baisse de deux points de leurs parts de marché en Europe pour Renault et Peugeot Citroën. De même dans l’aéronautique : il est déjà loin, le temps où le conseil des ministres s’interrompait pour saluer le décollage du dernier Airbus A 380 et pour se congratuler de la première place conquise devant Boeing. « EADS, la maison – mère d’Airbus a désagréablement surpris les marchés en annonçant qu’Airbus allait afficher les premières pertes opérationnelles de son histoire. (…)Airbus qui assurait, en 2005, 80% des profits de la maison – mère, essuiera des pertes en 2006 » indique Le Monde du 18 janvier Certes EADS est un trust franco-allemand. Mais s’agissant d’Airbus, c’est bien un fleuron historique du capitalisme français qui vacille.
Ces échecs se rajoutent à d’autres plus anciens. Par exemple, le gouvernement français a dans un premier temps pris fait et cause pour la résistance d’Arcelor à l’OPA lancée par Mitall. Certes, Arcelor était un consortium franco-hispano-luxembourgeois. Mais il était le produit d’un regroupement où Usinor, trust français avait pris une place d’importance. Las ! La résistance a fait long feu et l’OPA du métallurgiste indien s’est bien réalisée, laissant aux dirigeants d’Arcelor dans le nouveau trust à peine quelques strapontins. Quand bien même de nombreux groupes français (comme les banques ou Total) continuent d’accumuler d’immenses profits, la situation globale du capitalisme français se dégrade. C’est à cela qu’entend répondre le programme commun Ump - MEDEF .
… en même temps que ses positions politiques en Europe
Se conjugue à ces difficultés économiques l’affaiblissement manifeste de l’impérialisme français sur la scène européenne. Ainsi, Le Monde du 29 novembre 2006 soulignait en titre : « La France ne trouve pas de soutien chez ses partenaires pour dénoncer l'euro fort. Les ministres des finances de la zone euro, réunis lundi 27 novembre, ne partagent pas les inquiétudes formulées à Paris sur la trop grande vigueur de la monnaie unique ». C’est la perte de compétitivité spécifique à la France qui a été renvoyée sèchement à la figure du gouvernement français, en particulier par Angela Merkel dans une interview au Monde du 14 janvier : cessez vos jérémiades sur l’euro et la BCE et mettez-vous au boulot ! Faites comme nous ( et ce « nous » inclut le gouvernement de Schroeder) ; frappez votre propre prolétariat : « Il faut faire attention à ce que nos difficultés – l’adaptation à la mondialisation, les réformes à faire, les problèmes sociaux à résoudre – ne soient pas mises de manière injuste sur le dos de l’euro…. Notre croissance aujourd’hui n’est pas due au fait que nous soyons spécialement chanceux avec l’euro, mais tient au fait que nous avons fait passer des réformes très difficiles. Nous avons transformé notre marché du travail ; beaucoup d’entreprises se sont restructurées… Pendant des années, les gens ont renoncé à des augmentations de revenus, les négociations salariales ont été très raisonnables pour renforcer la compétitivité de l’économie. »
Il n’y a pas que sur le niveau de l’euro que les pleurnicheries du gouvernement français sont vaines. Bussereau, ministre de l’Agriculture, l’a vérifié sur la PAC (politique agricole commune) où il mène un combat désespéré pour que soient préservées les protections dont bénéficie l’agriculture française sur le marché mondial, alors que le représentant de l’UE Mandelson, soutenu par la commissaire européenne chargée de l’agriculture, envisage de négocier leur remise en cause dans le cadre de l’OMC.
Enfin, le « non » au référendum de mai 2005 a affaibli politiquement l’impérialisme français au sein de l’UE. Il faut rappeler que le traité constitutionnel visait en particulier à modifier le fonctionnement des institutions pour l’adapter à l’élargissement à l’est de l’union européenne – lequel fut en tant que tel un renforcement considérable de l’impérialisme allemand, placé au centre de gravité de cette nouvelle UE à 25 puis 27 Etats membres. Or, le traité constitutionnel était le produit d’un nouveau compromis entre la France et l’Allemagne, la première gardant une place importante au prix de la reconnaissance de la prédominance de la seconde – et en écrasant au passage les pieds des pays de taille moyenne, tels l’Espagne ou la Pologne. La défaite de Chirac au référendum a du coup mis l’impérialisme français dans une position particulièrement délicate, d’autant que de son côté Berlin n’entend nullement renoncer à engranger les avantages que lui confère ce traité. Merkel, dans la même interview, en a clairement averti le gouvernement français. Il faut « d’ici à la présidence française, fin 2008, … trouver un moyen de repartir sur la Constitution. ». Et voilà que viennent de se réunir à Madrid, sous la houlette de l’Espagne – et avec le soutien plus ou moins discret de l’Allemagne, les « amis de la constitution »… Charge aux Douste-Blazy, Sarkozy, mais tout autant Royal, de trouver une solution pour que, pour le moins, la partie institutionnelle de la « constitution » entre en vigueur (du « mini-traité » Sarkozy à la proposition de Royal de remplacer la troisième partie qui concentre le caractère réactionnaire de l’Union Européenne par une « déclaration sociale », les idées ne leur manquent pas).
A ce qui se passe en Europe, il faudrait ajouter les immenses difficultés au prix desquelles l’impérialisme français parvient à grand peine à maintenir son « pré carré » africain, combinant les interventions militaires directes, comme au Tchad et en Centrafrique, le soutien aux scrutins truqués, comme en RDC, aux coups d’état, comme au Togo. Mais comme l’indique la division en deux depuis cinq ans de la Côte d’Ivoire, en réalité l’impérialisme français a de moins en moins les moyens de maintenir son emprise sur son ancien empire colonial, qui risque la dislocation. Le lui permet aujourd’hui notamment le refus des directions des organisations du mouvement ouvrier français d’engager le moindre combat contre ses interventions multiformes en Afrique.
Enfin, au Moyen-Orient, après avoir assisté impuissant cet été à la destruction de son vassal libanais par l’armée israélienne, le gouvernement de Chirac n’a eu d’autre alternative, pour y préserver son influence, que d’accepter de s’insérer dans le dispositif global d’étranglement militaire du Moyen-Orient dirigé par l’impérialisme US. Et encore le fait-il aujourd’hui sous commandement italien !
Guerre contre les peuples qu’elle veut maintenir sous sa domination, guerre de classe contre son propre prolétariat : telle est la seule politique possible pour la bourgeoisie française. Tel est, répétons-le, l’enjeu pour elle de la prochaine échéance électorale : se doter des moyens politiques lui permettant de franchir un nouveau cran dans cette guerre.
Mais dans cette voie, il peut d’ores et déjà prendre appui sur cinq ans de succès considérables.