IIIème partie : le sort du peuple palestinien concentre l’avenir

que l’impérialisme réserve à toute la région


 

 « Gaza descend aux enfers » (Le Monde du 4/10/2006)

 

 

Lorsqu’on se penche a posteriori sur les évènements en Palestine depuis le début de l’année, il apparaît clairement que la nouvelle phase qu’a ouverte Israël, dans sa lutte contre le peuple palestinien, a constitué un ballon d’essai en direction de l’ensemble des puissances impérialistes : c’est une fois assuré du soutien plein et entier de ces dernières qu’Olmert, avec l’accord avec Bush et probablement à sa demande, a lancé l’offensive contre le Liban. Aujourd’hui, alors que se déploie la FINUL renforcée, à Gaza, le peuple palestinien vit un véritable martyre.

 

 

 

Lors du « désengagement unilatéral » d’Israël, au cours de l’été 2005, les grands médias n’avaient pas ménagé leur peine pour présenter l’événement comme une concession « historique » de l’Etat sioniste. Son premier ministre d’alors, le boucher Ariel Sharon, était même grimé, de façon grotesque, en « homme de paix »… Moins d’un an plus tard - si Sharon, lui, a effectivement rendu les armes - cette fiction a volé en éclats : le gouvernement Olmert-Peretz a lancé, le 25 juin dernier, l’opération « Pluie d’été » qui a mis Gaza à feu et à sang.

 

Les quelques éléments d’autonomie de la bande de Gaza – tels que sa centrale électrique, la station d’épuration des eaux de Gaza-ville ou ses bâtiments administratifs – ont été anéantis. Tandis que se sont multipliées incursions, destructions et « assassinats ciblés », le pseudo-gouvernement palestinien dirigé par le Hamas - qui dans les faits ne gouverne strictement rien - a fait l’objet de rafles massives, ses ministres arrêtés comme de simples voleurs. Des vols supersoniques, déclenchés à faible distance des habitations, privant les gazaouis de sommeil, ont poussé leurs conditions de vie jusqu’aux limites du supportable. Tsahal a ainsi réaffirmé, si c’était nécessaire, le fait que son état-major se réservait le droit d’intervenir où bon lui semblait, quand bon lui semblait, et sous n’importe quel prétexte.

 

Depuis des mois, la bande de Gaza est bouclée en quasi permanence. Le nombre d’habitants vivant en-dessous du seuil de pauvreté augmente chaque mois : il représente d’ores et déjà 65% des ménages. En conséquence de l’arrêt des subventions européennes à l’ « Autorité palestinienne », début avril, les salaires ne sont plus versés aux fonctionnaires. Seul un mécanisme de charité au compte-gouttes, contournant le Hamas, mis en place par l’UE à la mi-juin, empêche les palestiniens de mourir de faim : c’est qu’il s’agit, non de provoquer une catastrophe humanitaire qui pourrait faire des vagues, mais de briser le peuple palestinien dans son ensemble.

 

Pendant toute la durée de ses opérations contre le Liban, le gouvernement Olmert-Peretz a en outre lâché la bride à la colonisation qui défigure les lambeaux de Cisjordanie, déjà démembrée par la construction du « Mur de l’apartheid ».

 

 

Hamas et Fatah se battent pour les débris de l’ « Autorité palestinienne »

 

 

Pourtant, loin de lutter contre l’occupation, les miliciens du Hamas et ceux d’une partie au moins du Fatah n’ont pris les armes au début du mois d’octobre que pour s’entretuer.

 

Suite à la rupture d’un énième volet de négociations en vue de constituer un « gouvernement d’union nationale » soumis aux diktats d’Israël, des affrontements sanglants ont eu lieu à nouveau, après une première vague à la fin du mois de mai et quelques incidents en juillet-août. En Cisjordanie, à Ramallah, le siège de l’ « Autorité palestinienne » a été incendié.

 

Depuis le 2 septembre, sous l’impulsion du Fatah, une grève des fonctionnaires de l’« Autorité palestinienne a été déclenchée contre le « gouvernement » Haniyeh: elle est sans issue, puisque le versement des salaires dépend totalement d’Israël et de l’Union Européenne. Elle permet toutefois au Fatah de faire pression sur le mouvement islamiste, dans sa lutte pour reconquérir les débris de l’ « Autorité ». Des manifestants ont été battus par les nervis du Hamas, avant que ce dernier n’ait tenté d’interdire militairement les rassemblements.

 

Le 6 octobre, des milliers de partisans du « gouvernement » islamiste ont été rassemblés par le « premier ministre » Haniyeh en réplique à l’offensive du Fatah. Tout en réitérant le prétexte qui a permis à Israël et aux impérialismes européens de faire capoter les tractations entre Fatah et Hamas - « Nous ne reconnaîtrons pas Israël », revendication qu’il sait populaire - Haniyeh n’a toutefois proposé, en guise de perspective que… la reprise de négociations avec cet Etat qu’il prétend ne pas reconnaître, en contrepartie d’une « trêve de dix ans ».

 

 

 

Depuis l’ouverture du processus d’Oslo, les dirigeants des organisations nationalistes palestiniennes, Arafat en tête, ont peu à peu transformé leurs organisations en auxiliaires corrompus de l’Etat d’Israël, habitués à vivre des miettes de sa table et des subventions européennes en contrepartie du cadenassage des masses palestiniennes.

 

Aujourd’hui que ces subventions ne lui sont plus versées, loin de mettre fin à la fiction d’une « Autorité palestinienne », le Fatah en dispute les décombres fumants. Le Hamas, quant à lui, ne désespère pas de reprendre les pourparlers avec l’Etat qui est à la source de tous les maux du peuple palestinien pour obtenir sa part du gâteau et, plus simplement, survivre, surnager par-dessus la misère effroyable dans laquelle les masses palestiniennes sont en train de couler. Une situation dont le gouvernement Olmert, qui l’a délibérément créée, ne peut que se délecter.

 

 

 

 

Un mouvement ultra-réactionnaire, prêt à collaborer avec Israël

 

 

En janvier dernier, l’élection d’une majorité de « députés » islamistes avait servi de prétexte à Olmert pour franchir un cran de plus dans la terreur contre le peuple palestinien. Mais on ne saurait, en retour, voir dans ces élections un quelconque retournement de situation favorable aux masses palestiniennes. Bien au contraire.

 

La victoire du Hamas à ces élections était prévisible : lors des précédentes élections municipales, à Gaza puis en Cisjordanie, le Hamas avait raflé la plupart des grandes villes. Avant toute autre chose, ces résultats exprimaient le rejet du cours suivi par le Fatah, en pleine décomposition, par les masses palestiniennes : un rejet sans perspectives. De fait, l’idée d’une victoire du Hamas n’était nullement dérangeante pour Washington qui, jusqu’au dernier moment, a fait pression sur Sharon pour que les élections puissent se tenir, y compris à Jerusalem-est.

 

 

 

Le Hamas a été fondé lors de l’Intifada, en 1987, par la branche palestinienne des Frères Musulmans, pour faire pièce au Fatah et aux autres organisations nationalistes palestiniennes. Tout au long des années 70 et 80, lesdits Frères Musulmans ont été financés par l’Arabie Saoudite et le Shin Beth (service de contre-espionnage israélien). Ses nervis combattaient parfois les militants des autres organisations palestiniennes avec la complicité des troupes d’occupation (cf F. Maulion, L’organisation des Frères Musulmans, 2ème partie, pp. 35-36). Lors de l’Intifada, c’est d’abord contre le mouvement révolutionnaire des masses palestiniennes que le Hamas a été constitué.

 

 La collaboration du Hamas avec l’Etat d’Israël a été rompue à l’initiative de ce dernier, à compter de la signature des accords d’Oslo, au profit de l’OLP et du Fatah. Le Hamas s’est vu contraint de basculer dans l’orbite de l’Iran et de la Syrie, pays qui héberge ses dirigeants depuis 1999 : il a, dès lors, exploité à son profit le rejet des accords d’Oslo par les masses palestiniennes, voyant sa popularité croître à mesure que s’affirmait la corruption des dirigeants du Fatah. Mais ce mouvement est ouvertement divisé depuis 1996 entre une « direction extérieure » - qui contrôle l’aile militaire du mouvement depuis Damas - et la « direction intérieure », celle des notables gazaouis, qui aspire à l’intégration au sein de l’ « Autorité palestinienne ».

 

La participation aux élections législatives de janvier 2006 était une expression du fait que le mouvement espérait retrouver sa vocation première en reprenant, côté à côte avec le Fatah, sa collaboration avec Israël. Le « désengagement unilatéral » de la bande de Gaza, fruit de la pression américaine sur Sharon, saluée par le Hamas comme une « victoire », avait constitué un test de cette volonté politique, de même que la hudna - « trêve unilatérale » demandée par Abbas en 2005, Israël ne s’engageant nullement pour sa part à rendre la politesse.

 

Qu’on en juge aux déclarations émises par les dirigeants du Hamas avant les élections : « Notre Charte [qui exige la destruction d’Israël, ndlr] n’est pas le Coran et nous pourrions négocier avec Israël à partir du moment où Israël se retire des territoires conquis en 1967 » (M. Ghazal, chef du Hamas à Naplouse, septembre 2005) ; « Des négociations avec Israël ne sont pas interdites » (M. Zahar, Gaza, en janvier 2006). Au lendemain des élections, le chef de la « direction extérieure » lui-même, Khaled Meshaal, se montre encore plus explicite : « Le Hamas mettra un terme à sa lutte armée contre Israël si l’Etat hébreu se retire des territoires palestiniens occupés » (Le Monde du 13/2/2006).

 

 

Appuyé sur le résultat des élections palestiniennes, Olmert relance l’offensive israélienne

 

 

C’est pourtant en s’appuyant sur ces résultats qu’Ehoud Olmert, successeur de Sharon à la tête du parti Kadima et premier ministre par intérim, a donné le signal, à la veille d’élections législatives en Israël, d’une nouvelle offensive contre le peuple palestinien. Après la proclamation d’un « gouvernement de technocrates » par le Hamas le 19/2 – ce dernier n’ayant pu constituer un « gouvernement d’unité nationale » faute de l’accord des autres partis – Olmert déclare : « Compte tenu de la majorité du Hamas au parlement, l’Autorité palestinienne devient de fait une autorité terroriste ». Le versement mensuel de subsides correspondant à plusieurs dizaines de millions d’euros, produit de taxes sur les marchandises prélevées par Israël au compte de « l’Autorité », est dès lors gelé par le gouvernement israélien – ce qui, en termes clairs, n’est autre qu’un hold-up gigantesque.

 

Le 6 mars, Haaretz annonce que l’Etat-major de Tsahal élabore un plan visant à « réduire davantage les contacts avec les palestiniens, isoler davantage la bande de Gaza et démanteler les colonies de Cisjordanie ». Commentaire d’Avi Dichter (Kadima) : « La feuille de route est désormais obsolète ».

 

Quatre jours plus tard, le candidat Olmert accorde une série d’interviews à plusieurs quotidiens pour y annoncer son programme :

 

  « Nous allons nous replier derrière la clôture [le Mur, ndlr], les gros blocs d’implantations seront annexés et une séparation absolue sera instaurée entre nous et la population palestinienne, de façon à préserver nos droits en Judée-Samarie [Cisjordanie, ndlr] tout en garantissant à la fois un état démocratique et majoritairement juif. L’unité de Jerusalem sera assurée et ses limites seront donc redessinées. Il n’est pas possible de maintenir Jerusalem sous notre souveraineté tout en conservant des quartiers périphériques arabes ou un camp de réfugiés comme Shouafat » (Maariv)

 

« Il va falloir changer le tracé de la clôture de séparation, mais cela ne se fera qu’au terme d’une négociation… entre israéliens, du Meretz au Yesha [Conseil des colons en Cisjordanie, ndlr]. Le tracé actuel de la clôture est strictement sécuritaire, et nous allons devoir tracer les frontières d’Israël. » (Yediot Aharonoth)

 

La volonté affirmée est déjà, clairement, de se passer de l’ « Autorité palestinienne » : elle conduit en droite ligne à la situation actuelle. Très vite, Olmert va recevoir le soutien des puissances impérialistes.

 

 

Les puissances impérialistes unanimes contre le peuple palestinien

 

 

Le 15 mars, sur ordre d’Olmert, Tsahal organise une incursion à Jericho sous les flashes et les caméras des journalistes : il kidnappe, au sein même de la prison de l’ « Autorité palestinienne », le dirigeant du FPLP, Ahmed Saadat, et ses compagnons de cellule. Akiva Eldar, politologue israélien, commente : « Excellente manœuvre, mais la cible d’Olmert, ce n’est pas Saadat mais les quelques 20% d’indécis dont le cœur balance entre Kadima et le Likoud ». Cette prison était gardée par… une « force de protection » anglo-américaine, qui s’est retirée quelques heures avant les événements. Bush et Blair ont donc décidé d’apporter leur soutien au plan d’Olmert et de l’adouber comme leur candidat.

 

 

 

Parvenu au poste de premier ministre d’un gouvernement de coalition avec le parti travailliste, début avril, Olmert pose ses conditions à une « reprise des négociations » avec l’ « Autorité » : le désarmement du Hamas, la reconnaissance d’Israël et celle de tous les accords passés par l’Autorité palestinienne… accords dont le dernier avatar, la « feuille de route », vient justement d’être déclaré « obsolète » par Kadima ! Reprenant pourtant ces « conditions » à leur compte, les grandes puissances d’Europe décident, par le biais de l’Union européenne, de couper les vivres à l’ « Autorité Palestinienne », privant de salaires 165 000 fonctionnaires palestiniens, et en particulier les « forces de sécurité » vertébrées par le Fatah.

 

Le but est alors, clairement, de déclencher une véritable guerre civile. Une fraction du Fatah - celle de M. Dahlan, qui entretient des liens étroits avec Washington (v. CPS n°19) - s’engage effectivement dans ce sens, mais échoue à entraîner le reste de l’organisation : politiquement, néanmoins, le coup porte.

 

Une initiative prise par des cadres emprisonnés du Hamas, du FPLP, du Djihad islamique et du Fatah - en particulier Marwan Barghouti - va alors être utilisée par Abbas : tout en garantissant au Hamas une place au sein de l’OLP, ce « document des prisonniers » préconise la constitution d’un « gouvernement d’union nationale » sur des bases qui donnent satisfaction aux exigences d’OlmertHaniyeh, qui retire des rues de Gaza les milices du Hamas, signe ce document le 27 juin.

 

A mesure que ces tractations avançaient, Israël – qui depuis le 14 mars organise le pilonnage de Gaza – a multiplié les provocations pour pousser les différentes milices à rompre la hudna : il y est parvenu le 25 juin quand, en réponse au kidnapping de deux militants du Hamas, des combattants palestiniens abattent deux soldats israéliens et capturent le caporal Shalit. L’impérialisme français monte alors en première ligne, par l’intermédiaire de Douste-Blazy, pour exiger la libération sans condition de ce « compatriote » (il a la double nationalité). Le soir même de la signature du « document des prisonniers » par Haniyeh, l’opération « Pluie d’été », prévue à l’avance, commence… suivie de l’offensive contre le Liban.

 

 

Conclusion : lutter pour briser l’étau impérialiste sur le Moyen-Orient et l’Asie centrale

 

 

Le déploiement de la FINUL renforcée au Liban, loin d’impliquer une « stabilisation » du Moyen-Orient, contribue à l’extension de la barbarie impérialiste à la région. Il augure de nouveaux développements sanguinaires de la guerre coloniale conduite par Bush – demain en Syrie, après-demain en Iran. Cette offensive doit être dénoncée, combattue, et stoppée.

 

Il n’existe pas, aujourd’hui, de « sauveur suprême » pour les masses du Moyen-Orient : ni les organisations nationalistes petites-bourgeoises, ni les mouvements islamistes ultra-réactionnaires, ni les dictatures iranienne et syrienne ne feront avancer la lutte des masses et peuples opprimés de la région,- qu’ils contribuent à soumettre, à cadenasser, à réprimer - pour en finir avec l’occupation impérialiste. Seule l’action du prolétariat, entraînant derrière lui la masse des exploités, balayant la tutelle écrasante des castes cléricales, féodales, celle des petites-bourgeoisies corrompues, pourra engager la lutte résolue pour en finir avec l’occupation – prélude au déferlement d’une lutte révolutionnaire pour en finir avec les Etats compradore, les frontières artificielles héritées de l’ère coloniale, l’Etat raciste et colonial d’Israël, mettre fin à l’oppression des minorités nationales, aux clivages communautaires et tribaux, à l’oppression des femmes, avancer vers une Fédération Socialiste du Moyen-Orient. Pour cela, les masses du Moyen-Orient devront construire leurs propres partis : des partis ouvriers révolutionnaires.

 

Les peuples du Moyen-Orient ont besoin du soutien des travailleurs d’Europe et d’Amérique, au travers de la lutte contre les gouvernements impérialistes.

 

Après les soldats français dépêchés en Afghanistan, l’envoi de milliers de militaires français armés jusqu’aux dents au Liban par le gouvernement Chirac-Villepin-Sarkozy constitue une confirmation de la pleine participation de l’impérialisme français à la coalition impérialiste qui ravage le Moyen-Orient.

 

Cette politique reçoit aujourd’hui la caution de l’ensemble des dirigeants syndicaux, de ceux du PS et du PCF : il est indispensable de combattre pour en finir avec l’union nationale derrière Chirac, pour que les dirigeants des organisations ouvrières – partis et syndicats – dénoncent les résolutions de l’ONU qui organisent la recolonisation du Moyen-Orient et de l’Asie centrale, à commencer par la résolution 1701, se prononcent pour le retrait de toutes les troupes d’occupation du Moyen-Orient et d’Afghanistan, à commencer par les troupes françaises impliquées dans l’ISAF et dans le FINUL, prennent toutes les initiatives nécessaires à la satisfaction des ces exigences.

 

 

 

La barbarie impérialiste au Moyen-Orient exprime ce qu’implique le maintien du mode de production capitaliste usé jusqu’à la corde : elle constitue un rappel constant de la nécessité d’en finir avec le capitalisme générateur de guerre, de combattre pour le socialisme.

 

Le 4 octobre 2006
Retour à l'accueil
 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus