Article paru dans Combattre pour le socialisme n°26 d’octobre 2006
Après l’Afghanistan et l’Irak, l’impérialisme ouvre au Liban
le « troisième front de la guerre mondiale contre le terrorisme » (Bush)
Ière partie : après avoir été écrasé sous les bombes, le Liban occupé
« Troisième front de la guerre mondiale contre le terrorisme » : c’est en ces termes que Georges W. Bush a caractérisé la situation
ouverte au Liban par l’offensive meurtrière de l’armée israélienne, le 14 août dernier. Ce jour était celui de la proclamation d’un « arrêt des hostilités » au Liban. Ce qui
indiquait que, pour Washington, un mois d’offensive israélienne contre le Liban ne constituait que la première étape d’un plan de plus vaste envergure, « mondiale ».
C’est bien un nouveau chapitre de l’offensive impérialiste contre tout le Moyen-Orient qui s’est ouvert au Liban sous les coups de l’armée israélienne.
Actuellement, une impressionnante force militaire mandatée par l’ONU - la FINUL « renforcée » - se déploie au sud du pays, comme au long de ses côtes.
L’impérialisme français, qui a été le premier sollicité et assure actuellement le commandement de cette force, a d’ores et déjà envoyé d’importants renforts
lourdement armés. Les autres principaux contributeurs sont, pour l’essentiel, des opposants repentis à la guerre de 2003 contre l’Irak ou des pays qui, après avoir rappelé leurs troupes d’Irak,
les renvoient aujourd’hui au Liban : l’Italie, l’Espagne, la Pologne, la Turquie, la Chine et, last but not least, l’Allemagne, dont la participation a été qualifiée
d’ « historique » par la presse.
En parallèle, Washington a annoncé, le 29 septembre dernier, l’incorporation des 12 000 soldats américains en Afghanistan à la force locale de l’OTAN :
l’ISAF. Cette armée, désormais forte de plusieurs dizaines de milliers d’hommes, voit de facto son mandat étendu à toutes les provinces, tandis qu’est évoquée l’idée de nouveaux
renforts.
Les renforcements conjoints de la FINUL et de l’ISAF ne constituent pas un hasard : l’une et l’autre force constituent aujourd’hui les deux flancs d’une
seule et même coalition, dont l’Irak est le centre. Ils témoignent du fait que, désormais, trois ans après l’invasion de l’Irak et les dissensions inter-impérialistes que cette guerre avait
provoquée, l’ensemble des grandes puissances capitalistes fait cause commune dans la région.
Et c’est d’ailleurs dans l’objectif d’accélérer ce processus qu’Israël a agressé le Liban.
Le déploiement de la « FINUL renforcée » constitue, non le résultat inattendu, mais bien la conséquence prévisible - prévue, souhaitée par Bush et
Olmert - de l’offensive lancée par Tsahal contre le Liban.
Pendant tout l’été, Israël a eu toute latitude pour mettre le Proche-Orient à feu et à sang : le 25 juin, sous prétexte de répliquer à l’enlèvement d’un
caporal israélien, le gouvernement Olmert-Peretz lance la meute de ses chiens de guerre contre la Bande de Gaza - déjà régulièrement bouclée et pilonnée depuis des mois - frappant en premier
chef les infrastructures civiles (ponts, centrale électrique, station d’épuration des eaux) ; le 12 juillet, c’est officiellement pour répondre au kidnapping de deux soldats qu’Israël
organise le blocus maritime du Liban et lance son aviation contre ce pays. Cyniquement, Dan Haloutz, chef d’Etat-major de Tsahal, commente : « Le Liban paie un prix très fort à
cause du Hezbollah : destruction de ponts, de routes, d’aéroport, et il pourrait encore être privé d’autre infrastructures (…) Rien n’est à l’abri au Liban, c’est aussi simple que
ça ».
Comme il l’a fait lors de l’offensive contre les palestiniens, Bush salue l’opération comme un acte d’ « autodéfense ». Il désigne également un
« agresseur » : « La Syrie devra rendre des comptes.». Olmert, le premier ministre israélien, réclame de son côté, non la simple libération de ses deux soldats,
mais aussi l’ « arrêt des tirs de roquettes et l’application de la résolution 1559 de l’ONU », c’est-à-dire le désarmement pur et simple du Hezbollah – ou pour tout dire
son suicide. On comprend bien que l’affaire des otages n’était qu’un prétexte.
Dès le 13 juillet, au lendemain des premiers bombardements, la porte-parole du gouvernement israélien, Miri Eisin, s’adresse à Chirac : « Nous
demandons à la France d’user de ses liens historiques et privilégiés avec le Liban pour qu’il démantèle le Hezbollah ». Ce dernier réagit avec embarras, lors de son allocution du
14 : « On peut se demander s’il n’y a pas aujourd’hui une certaine volonté de détruire le Liban »… Il n’en accrédite pas moins l’idée qu’Israël ne ferait là que
répliquer à ses adversaires et met aussi en cause la Syrie et l’Iran : « Il y a une espèce de processus qui est porté par le Hamas et le Hezbollah et qui est dans le système
provocation/répression. Ce sont des gens absolument irresponsables (…) Le Hamas, le Hezbollah ne peuvent pas avoir pris ces initiatives tout à fait seuls. Il y a quelque part un soutien de
telle ou telle nation ».
« Détruire le Liban » ? C’est effectivement ce qu’Israël va faire, méthodiquement, jour après jour, pendant un mois – provoquant l’exode
d’un million de libanais (un quart de la population !), des morts par centaines, des milliers de blessés, réduisant en miettes des infrastructures essentielles, des services sanitaires et
sociaux, des villages et des villes entières. Les objectifs – et donc l’appréciation du bilan – de l’offensive israélienne sont clairement dès le début de mettre le Liban à genoux. Cela lui
sera d’autant plus facile qu’à l’instar de Chirac, le G8, l’Union Européenne, l’ONU, et avec eux toutes les grandes puissances, vont tour à tour cautionner l’offensive israélienne - en
l’appelant, il est vrai, à « la plus grande retenue » dans le saccage du pays - un doigt accusateur pointé vers le Hezbollah.
Il ne fait, certes, pas de doute, vu leurs intérêts économiques sur place, que les gouvernements d’Europe, et le français plus que tout autre, éprouvent de vraies
réserves face aux ravages de l’agression israélienne. Demandent-ils dans ce sens un cessez-le-feu rapide? C’est un souhait que Washington et Tel Aviv sont prêts à exaucer… une fois qu’ils
auront imposé leurs conditions. Dans un premier temps, ils s’opposent à toutes les initiatives dans ce sens, Condoleeza Rice déclarant qu’il est « impossible de s’en tenir au statu
quo ».
Bush, Olmert, Peretz, savent en effet que, des ravages infligés au Liban, dépendra la réussite pleine et entière de leur plan. A la proposition d’un
renforcement de la FINUL, lancée dès le 16 juillet par le G8, puis par Kofi Annan, Miri Eisin répond ainsi qu’« Israël ne pense pas que l’on soit déjà (nous
soulignons, ndlr) au stade de la force internationale. Nous sommes au stade où nous voulons nous assurer que le Hezbollah n’est pas déployé à notre frontière
nord. »
Idée que Washington reprend à son compte par la voix de John Bolton, ambassadeur à l’ONU, qui met en cause le bilan de la FINUL, force
d’ « observation » au Liban. Si force il doit y avoir – et les propos d’Eisin montrent que tel est le souhait d’Israël – il ne peut que d’une force d’occupation : c’est
pourquoi Tsahal poursuivra tranquillement ses tueries jusqu’à la mi-août, pour être en mesure de faire monter les enchères jusqu’à satisfaction.
Dès le 18 juillet, Chirac avance d’un pas dans ce sens : « Il faut », déclare-t-il, « avoir un moyen de répression le cas
échéant, et dans tous les cas, de surveillance » à l’encontre du Hezbollah. Il précise encore que la « coercition » est indispensable pour faire appliquer la 1559…
Mais n’ayant cure des « belles » paroles, Israël lance le 22 ses premières incursions terrestres en vue d’instaurer « une zone de sécurité jusqu’à l’arrivée d’une force
internationale » (A. Peretz, ministre israélien « travailliste » de la Défense) : Alliot-Marie annonce alors que la France est prête à participer à l’envoi d’une telle
force, voire à en prendre le commandement, et fait savoir que 1700 militaires stationnant aux larges des côtes libanaises sous prétexte d’humanitaire resteront « aussi longtemps que
nécessaire ».
Le 26 juillet doit être convoqué un sommet international à Rome, dont Douste-Blazy espère encore qu’il appellera à un « cessez-le-feu
immédiat ». Mais à deux jours de cette échéance, Olmert déclare qu’il ne peut être question que d’une force dirigée par l’OTAN - non de l’ONU - qui « devra obligatoirement
comprendre le contrôle des points de passage entre la Syrie et le Liban, un déploiement au Sud et un soutien à l’armée libanaise ». John Bolton (USA): « Nous étudions la
possibilité d’une force multinationale, peut-être autorisée par le Conseil de sécurité, mais pas une force de casques bleus ». Un avant-poste de l’ONU est bombardé le lendemain par
Tsahal – geste « apparemment délibéré » selon Kofi Annan… A la demande des Etats-Unis, la conférence de Rome écarte pourtant toute condamnation d’Israël et renvoie l’idée
d’un cessez-le-feu à une date indéterminée. Commentaire d’Haïm Ramon, ministre israélien de la justice : « Hier à Rome, nous avons en fait obtenu l’autorisation pour continuer nos
opérations jusqu’à ce que le Hezbollah ne soit plus présent dans le sud du Liban et soit désarmé ».
Le gouvernement Olmert-Peretz en profite pour monter d’un cran dans la barbarie. Annonces de plan dans Haaretz du 28/7/2006: « Toute personne qui se
trouve encore au Liban sud est liée au Hezbollah. Nous avons appelé tous ceux qui s’y trouvent à partir. Bint Jbeil n’est pas une localité civile. Il faut la traiter comme une zone
militaire » (Haïm Ramon, justice), « Ceux qui sont restés dans leurs villages prennent délibérément le risque de mourir » (Benyamin Ben Eliezer, infrastructures).
La mise en oeuvre débute le 30 par le bombardement, à Cana, d’un bâtiment dans lequel s’étaient réfugiés des dizaines d’habitants… La tuerie prend alors des dimensions monstrueuses au Sud
Liban, à tel point que l’organisation Human Rights Watch dénonce, dans un rapport du 7/8/2006, des frappes israéliennes délibérées sur des civils fuyant vers le nord et
arborant le drapeau blanc. De même, Tsahal s’oppose systématiquement à l’envoi d’aide humanitaire vers le sud. Cet acharnement meurtrier s’avère payant.
Début août, le gouvernement libanais, qui comprend des ministres du Hezbollah, propose officiellement de déployer l’armée libanaise au sud du pays. Il faut en
mesurer la portée.
Depuis 1969, et les accord du Caire, jamais le gouvernement libanais n’a eu la moindre autorité au Liban-sud. D’abord base arrière des fedayins de l’OLP, puis
base principale après les massacres de « septembre noir » commis par la monarchie jordanienne, envahi pour cette raison par Israël et occupée par ses supplétifs, le Liban-sud est
tombé sous le contrôle du Hezbollah quand Israël, dans le cadre de la politique développée par l’impérialisme US avant septembre 2001, s’en est retiré.
De plus, le déploiement de l’armée libanaise ne fait que réitérer une exigence antérieure des impérialismes français et américain, exprimée via les résolutions
1614 et 1680 de l’ONU – résolutions devant lesquelles le Hezbollah accepte donc de s’incliner. Cet acte de soumission du mouvement chiite ouvre la voie à la conclusion, le 12 août, d’un
accord franco-américain au conseil de sécurité : la résolution 1701.
Cette résolution a pour premier principe d’imposer un « arrêt des hostilités » aux deux parties… sauf une : Israël ! En effet, tandis que les
miliciens du Hezbollah sont astreints à l’abandon pur et simple de toute opération militaire, c’est un très ambigu arrêt des « offensives militaires » qui est attendu de
l’armée israélienne : or, cette dernière affirme, depuis le début de son offensive, n’avoir exercé que son « droit de se défendre », thèse grossière que le Conseil de
Sécurité reprend à son compte… La possibilité pour Israël de jouer de cette ambiguïté lui reste offerte à tout instant.
15000 soldats libanais doivent être déployés au sud du pays, sous la tutelle d’une force de l’ONU équivalente en nombre – présence militaire massive pour une si
petite région. La FINUL se voit autorisée à prendre « toutes les mesures nécessaires » en cas d’accrochage avec le Hezbollah. Israël n’est contraint de retirer ses troupes
qu’ « en parallèle » à ces déploiements et une « zone d’exclusion » est imposée au Hezbollah entre la « ligne bleue » et le fleuve
Litani.
En troisième lieu, doit être conclu un accord politique incluant « le respect de la ligne bleue » (soit la cession à Israël des
territoires annexés en 1967), le « désarmement des groupes armés » (la milice du Hezbollah en premier chef) et la communication par Israël de toutes les mines laissées par
son armée dans le sud du pays. En effet, pour les mêmes raisons qui l’ont poussée aux destructions massives et aux tueries pendant un mois, l’armée israélienne s’est adonnée, dans les 72 heures
précédant le vote de la résolution, au largage de bombes à fragmentation sur le Sud-Liban, répandant des centaines de milliers de mines sur cette région… et offrant un prétexte
« humanitaire » au déploiement d’une force d’occupation.
L’adoption de cette résolution est ainsi commentée par Condoleeza Rice : « Nul ne peut s’attendre à une fin immédiate des actes de violence.
C’est un premier pas, mais un bon pas. ». Chirac qui, dans son empressement à mettre fin au saccage méthodique de ses intérêts, s’est imprudemment fait le champion du combat pour une
force internationale sous l’égide de l’ONU, va très vite prendre la mesure de ce que ces paroles signifient.
Tsahal aiguillonne Chirac et la FINUL
Le soir même du vote de la résolution, Hassan Nasrallah, dirigeant du Hezbollah, fait savoir qu’il est prêt à accepter l’ « arrêt des hostilités »,
ou prétendu tel : en effet, en comparaison du feu roulant israélien sur tout le Liban, les tirs du Hezbollah s’apparentent à des piqûres de moustiques.
Deux jours plus tard, un accord est conclu dans ce sens entre Olmert et Fouad Siniora, premier ministre du Liban. La question de la contribution française à la
FINUL renforcée, ouvrant la voie à d’autres contributions, devient décisive.
Mais, Chirac, qui depuis des semaines joue les Matamore, déclare le 18 août, sous prétexte que les conditions ne sont pas assez claires ne plus vouloir expédier
que 200 hommes supplémentaires… Mettant à profit son droit à l’ « autodéfense », Israël lance dès le lendemain un raid contre le Hezbollah, puis propose à l’Italie de
prendre la tête de la FINUL : le gouvernement Prodi, appâté, annonce une participation massive… ce qui conduit Chirac à revoir sa proposition, en catastrophe.
Dans les semaines qui suivent, les garanties offertes à Israël par la résolution 1701 sont systématiquement mises à profit par cet Etat pour imposer le
déploiement de la FINUL renforcée à ses conditions – d’autant plus que ni cette dernière, ni l’armée libanaise ne disposent d’une couverture aérienne à même d’empêcher à Tsahal d’organiser ses
raids sur le Liban.
Chirac et Siniora réclament-ils la levée de l’embargo maritime ? Celle-ci ne sera accordée qu’en échange du déploiement en Méditerranée, début septembre, de
navires français et italiens, en attendant que l’Allemagne annonce l’envoi de 2400 marins au large des côtes libanaises - là encore en réponse à une demande israélienne - à charge pour cette
flotte de faire « appliquer l’embargo sur les armes destinées au Hezbollah au Liban » (Olmert).
Les règles d’engagement de la FINUL renforcée semblent-elles trop ambiguës à l’Etat sioniste ? Il décide alors, fin septembre, de bloquer le retrait de ses
troupes d’occupation… avant d’obtenir un premier élément de satisfaction de la part du siège de l’ONU, qui fait savoir le 4 octobre que la FINUL pourrait faire usage de ses armes
« au-delà de la légitime défense (…) dans la zone de déploiement de la FINUL ». Le 4 octobre, une portion du territoire libanais aux confins du Golan, fortifiée par
Tsahal, n’avait toujours pas été restituée au Liban…
Conformément au « droit international », Israël se réserve le droit de frapper à nouveau le Liban, chaque fois que les services fournis par l’ONU
ne seront pas à la hauteur de ses exigences : « Nous avons fait savoir que nous ferions usage de notre droit à l’autodéfense face à toute activité terroriste » (Dan
Haloutz, le 27/9/2006). C’est assez pour en conclure que, loin d’être une « force d’interposition », la FINUL renforcée est une force d’occupation du Liban, exclusivement tournée
contre le Liban et la Syrie.
A la date où cet article est écrit, l’armée libanaise a achevé son déploiement au sud du pays et les troupes de la FINUL renforcée sur le terrain ont d’ores
et déjà passé le seuil des 5000 hommes. Pour Bush et Olmert, c’est une incontestable réussite. Si le Hezbollah - quand il ne se targue pas de respecter à la lettre l’ « arrêt des
hostilités » - ne cesse de scander, contre toute évidence, de grotesques cris de « victoire divine» (les voies du seigneur sont décidément impénétrables), s’il multiplie
les « mises en garde » à l’adresse de la FINUL renforcée, c’est qu’il s’agit pour lui de camoufler sa soumission aux exigences de l’ONU - à commencer par le déploiement de ladite
force. Un simulacre tourné en dérision par Bush le 14 août: « Comment pouvez-vous clamer victoire alors que vous étiez un Etat dans l’Etat, en sécurité au Liban sud, et que vous
allez être supplanté par une armée libanaise appuyée par une force internationale ? »
Depuis la « fin (officielle, ndlr) des hostilités », quelques remous traversent, il est vrai, la vie politique
d’Israël : outre qu’ils n’entravent en définitive nullement l’action du gouvernement Olmert-Peretz (la manifestation la plus massive n’a pas excédé 20000 personnes), ils ne font
qu’exprimer la nature fondamentalement raciste, coloniale et sanguinaire de cet Etat. N’est-il pas reproché avant tout au gouvernement Olmert-Peretz d’avoir « manqué
d’efficacité » dans sa guerre contre le Liban – c’est-à-dire d’avoir concédé quelques pertes lors des accrochages avec le Hezbollah, et de n’avoir pas somme toute tué assez
d’Arabes ?
L’arrivée de la « FINUL renforcée » est un renfort précieux pour Bush et Olmert, et elle vient se déployer, nous y reviendrons, à un jet de pierre
de la Syrie, laquelle se retrouve de plus en plus encerclée.
Mais il serait faux de considérer que les autres impérialismes n’interviendraient au Liban - contingents massifs et lourdes dépenses militaires à l’appui - qu’en
qualité de supplétifs, contraints et forcés. C’est, bien au contraire, parce que les intérêts sont réels aux yeux des dirigeants de ces grandes puissances – et notamment à l’Elysée – que
Washington et Tel Aviv ont choisi le Liban pour y mettre en œuvre leur plan.
En 2003, le déclenchement de la guerre contre l’Irak, à l’initiative de Bush, avait été à l’origine d’une crise dans les relations internationales à l’échelle
mondiale, et notamment des rapports entre puissances impérialistes, qui s’était répercuté jusqu’en Europe : le trio constitué par Schröder, Chirac, et Poutine s’était alors, pour défendre
ses intérêts menacés en Irak, opposé à Bush sur le terrain de l’ONU. Force est de constater que le déploiement de la FINUL renforcée témoigne d’une unité retrouvée des grandes puissances
impérialistes dans la mise en place d’un projet de « Grand Moyen Orient » - projet dont le but essentiel est de rétablir leur domination directe, coloniale, sur toute la
région.
Pour de multiples raisons (la volonté de conserver un semblant d’influence au Proche-Orient, une certaine détérioration des relations franco-allemandes… mais
aussi l’assassinat de Rafic Hariri imputé au régime Syrien), Chirac s’était engagé, dès 2004, dans une stratégie de rapprochement avec Washington (v. CPS n°17 et 19).
Mais c’est la volonté de défendre vaille que vaille ses intérêts au Liban qui, en phase avec la stratégie américaine à l’encontre du régime syrien, l’avait
conduit à engager un tournant diplomatique, d’abord en élaborant la résolution 1559 de l’ONU, conjointement avec les Etats-Unis, puis en constituant un front commun Bush-Chirac au printemps
2005, pour imposer le retrait des troupes syriennes installées depuis 1976 (v. CPS n°19). La politique de l’impérialisme français au Liban est en outre considérée par Chirac comme son
domaine réservé.
C’est en pleine connaissance de cause qu’Israël s’est servi du Liban pour amener à la France à donner une suite militaire à son tournant diplomatique. Tzipi
Livni, ministre israélienne des affaires étrangères, l’a expliqué sans vergogne au Figaro le 29 juillet : « Ce n’est pas Israël qui a pris l’initiative de la 1559, c’est
la France. La France, pays pour lequel Israël a de l’amitié et du respect, a déjà obtenu beaucoup du Liban. S’il y a aujourd’hui à Beyrouth un gouvernement démocratique libéré de la tutelle
syrienne, c’est en grande partie grâce au soutien français lors du « printemps de velours » libanais de l’an dernier. Que la France finisse son magnifique travail au Liban en
appliquant sur le terrain la résolution dont elle a eu l’initiative ! ».
Ce n’est pas sans réticences que l’impérialisme français a décidé que le meilleur cap à tenir était de s’impliquer plus avant au Moyen-Orient. Le rapprochement
avec l’impérialisme US peut être lourd de conséquences, y compris en termes d’attentats. En un sens, pour l’impérialisme français, et Chirac en particulier, la résolution 1701 a des airs de
piège.
Mais c’est pour la défense de ses intérêts rapaces que Paris accepte aujourd’hui de renforcer sa présence militaire au Liban : ses liens privilégiés avec feu
Rafic Hariri lui ayant notamment permis de devenir le premier partenaire économique du pays, se taillant la part du lion dans le marché de la reconstruction du Liban aux lendemains de la guerre
civile, au prix d’une dette publique gigantesque pour l’Etat libanais… avant d’exploiter cette dette pour devenir en 2002 le premier bailleur de fonds du Liban, restituant au pays une fraction
infime de ce qu’il lui a extorqué, en contrepartie de projets de « réformes structurelles » et d’une servilité encore accrue des politiciens locaux !
Force incontournable au Liban, le Hezbollah constitue, notamment depuis les dernières élections, un obstacle aux intérêts de l’impérialisme français. Au compte de
ces intérêts, Chirac a finalement décidé pour maintenir le Liban sous influence française d’y déployer chars, soldats et missiles tandis que, hors Finul, la flotte française demeure,
menaçante, au large des côtes du levant.